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Sahara marocain: ce qui change après le non renouvellement du mandat de la MINURSO

Au lendemain de l’expiration du mandat de la MINURSO, le ministre des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita, a détaillé les conséquences de son non-renouvellement lors d’une émission spéciale diffusée sur 2M, samedi 31 octobre.

Le Maroc avait été informé plusieurs jours à l’avance de l’intention de la Russie de bloquer le projet de résolution américain sur le Sahara. Rabat a néanmoins choisi de ne pas chercher à modifier le texte pour éviter son rejet, a déclaré samedi 31 octobre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d’une émission spéciale sur 2M.

« Le veto russe n’était pas une surprise. Moscou en avait informé le Royaume, et la question avait été discutée », a expliqué le chef de la diplomatie marocaine. La position russe pourrait, selon lui, représenter « une occasion de revoir certaines règles ». Sur instruction du Roi Mohammed VI, Nasser Bourita a rencontré son homologue russe, Sergueï Lavrov, sans tenter de faire infléchir la position du Kremlin.

« Allons-nous considérer cela comme un danger, le gérer, affaiblir la résolution et donner à la Russie ce qu’elle voulait pour que la résolution passe? Ou bien allons-nous dire que c’est peut-être une opportunité pour revoir les règles du jeu, celles du Conseil de sécurité, de la Minurso? », s’est-il interrogé.

Pour Rabat, la prochaine étape serait de demander le retrait du dossier du Sahara de la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée notamment des questions de décolonisation. Le ministre a rapproché cette perspective du communiqué du Cabinet royal du 30 octobre, selon lequel « des démarches similaires seront engagées très prochainement au sein d’autres organes des Nations unies ».

« Il est facile de retirer le dossier du Sahara de la liste des territoires non autonomes », a-t-il affirmé, soulignant que l’Assemblée générale ne dispose pas d’un droit de veto. Il estime qu’un travail d’explication auprès des États membres pourrait suffire.

« Passer de la gestion au changement »

Nasser Bourita a présenté l’expiration du mandat de la MINURSO comme une étape vers la « clôture du dossier du Sahara » et la fin de son caractère international. Le Conseil de sécurité ne devrait pas réexaminer la question avant le 30 octobre 2027. D’ici là, estime le ministre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ne devrait pas présenter de rapport sur le dossier, et son envoyé personnel, Staffan de Mistura, ne devrait pas s’adresser aux membres du Conseil.

Rabat considère ainsi que le cycle des réunions semestrielles et des rapports périodiques touche à sa fin. Le ministre a également évoqué la disparition prochaine de deux marqueurs de la présence internationale du dossier : la MINURSO sur le terrain et les discussions régulières au Conseil de sécurité.

Dans son communiqué, le Cabinet royal avait qualifié la non-reconduction du mandat de « pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations unies ». Il avait également demandé le retrait de la mission des provinces du Sud, avec son personnel, ses véhicules, ses équipements et ses emblèmes.

Le Maroc entend toutefois accorder à la MINURSO « le temps et les moyens d’un retrait respectueux et exemplaire », a assuré Nasser Bourita. Les modalités de ce retrait sont discutées avec le secrétariat général de l’ONU, en dehors du Conseil de sécurité. Le Royaume, a-t-il précisé, tirera les conséquences juridiques et pratiques de l’absence de résolution adoptée avant minuit le 31 octobre.

Il a également évoqué le retrait attendu des panneaux et des drapeaux de la MINURSO à Laâyoune.
Nasser Bourita a cependant vivement critiqué la mission, qu’il accuse de servir de « couverture à d’autres desseins ». Il a notamment dénoncé la présence, selon lui, d’éléments séparatistes derrière la MINURSO, ainsi que les appels à son maintien au nom des droits humains.

Le ministre a rappelé la participation du Maroc aux opérations de maintien de la paix, notamment en République démocratique du Congo et en Centrafrique, où quelque 2 000 soldats marocains sont déployés.

Rabat veut redéfinir le rôle de la MINURSO

À la veille du vote, le Maroc avait deux possibilités, selon le ministre : négocier des amendements au projet américain afin de tenter d’éviter le veto russe, ou considérer cette opposition comme une occasion de revoir le fonctionnement du dossier au Conseil de sécurité et le rôle de la MINURSO. Rabat a opté pour la seconde voie, dans l’objectif de « changer certaines règles du jeu » et de consolider les acquis du Royaume.

Le Maroc souhaitait l’adoption d’une résolution précisant le cadre d’action des Nations unies, a expliqué Nasser Bourita. Mais cette démarche s’inscrit, selon lui, dans la volonté du roi Mohammed VI de « passer de la gestion au changement », en réévaluant des mécanismes hérités d’un autre contexte et leur contribution au règlement du conflit.

Le projet américain a recueilli onze voix sur quinze, notamment celles des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni. Pour le ministre, ce résultat traduit un rejet de l’immobilisme par la communauté internationale. Il a également souligné les abstentions enregistrées lors du vote sur le contre-projet russe et le veto américain opposé à ce dernier.

Nasser Bourita juge par ailleurs que la référence au référendum, présente dans le nom de la MINURSO, « a perdu son sens ». Selon lui, aucun membre de la mission n’est affecté au volet référendaire depuis 2000 et cette tâche ne figure plus dans son organigramme depuis plus de vingt ans. Il a aussi rappelé que l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, avait reconnu les difficultés liées à l’organisation d’une telle consultation.

Le ministre a également évoqué les 43 observateurs déployés à l’est du mur de défense, qu’il considère comme le signe d’un déséquilibre dans les activités de la mission. Le projet américain prévoyait, selon lui, de dissocier la MINURSO du référendum et de revoir son nom ainsi que ses méthodes. Il a enfin rappelé que les événements de Guerguerat avaient modifié la situation sur le terrain.

Le cessez-le-feu, un « engagement d’État »

La MINURSO compte 157 membres, dont 43 à l’est du mur de défense. Les autres sont déployés à l’ouest, principalement dans les provinces du Sud et à Laâyoune.

Le ministre accuse  certains acteurs d’avoir instrumentalisé la mission: « Un groupe de personnes exploitaient cette MINURSO comme couverture pour se cacher derrière. Nous avons vu que certaines personnes ont déjà commencé à pleurer maintenant, les séparatistes qui sont là-bas. Ils disent que la MINURSO doit rester. C’était donc utilisé comme couverture ».

« Le Maroc est favorable au cessez-le-feu parce qu’il s’agit d’un engagement d’État, et il ne compte pas sur 43 éléments de la MINURSO pour protéger sa sécurité », a-t-il déclaré. Entré en vigueur le 6 septembre 1991, le cessez-le-feu constitue, selon Rabat, un engagement distinct du maintien de la mission.

Le ministre a accusé le Polisario d’avoir dénoncé cet accord en 2020 et d’avoir mené depuis des opérations militaires aux effets limités. Il a affirmé que le communiqué royal garantissait la sécurité des habitants des provinces du Sud, dans le respect de la souveraineté marocaine.

Trois conditions pour relancer le processus politique

Nasser Bourita a posé trois conditions à la reprise du processus politique : le plan marocain d’autonomie comme unique base de négociation, une autonomie sous souveraineté marocaine comme issue au conflit et la participation de quatre parties clairement identifiées.

« Bienvenue à De Mistura avec de nouvelles règles. Si les règles ne sont pas suffisantes, le Maroc est libre de choisir le chemin et de choisir le cadre qu’il veut », a-t-il affirmé.

Adoptée en 2025, la résolution 2797 avait établi ce cadre. En l’absence d’un texte équivalent cette année, Rabat estime nécessaire de réexaminer les références du processus. Le ministre a réaffirmé l’attachement du Maroc à un règlement définitif et pacifique, tout en critiquant ceux qu’il accuse de défendre le statu quo hérité de 1991.

Évoquant la position de l’Algérie, il a jugé « paradoxal qu’un État défende une résolution en faveur de laquelle il n’a pas voté ». Alger avait, samedi, regretté l’abandon de la méthode suivie lors de l’adoption de la résolution 2797. Nasser Bourita a appelé à privilégier le réalisme et la responsabilité, au regard du contexte régional et international.

Rabat mise sur la poursuite des soutiens internationaux

Le chef de la diplomatie marocaine estime que « l’élan international sur le Sahara se poursuivra » et que les derniers développements au Conseil de sécurité pourraient contribuer à faire émerger une nouvelle réalité. Selon lui, le processus onusien est resté bloqué pendant une dizaine d’années, tandis que le Maroc s’employait à faire évoluer les positions des États.

Nasser Bourita a cité les prises de position des États-Unis en 2020, de la France en 2024 et du Royaume-Uni en 2025, ainsi que celles de l’Espagne, de l’Allemagne et d’autres pays européens, asiatiques et arabes. Il a également évoqué l’évolution de la position irlandaise. Les ouvertures de consulats, les investissements et les visites officielles traduiraient, selon lui, ces soutiens. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, aurait marqué l’aboutissement de cette démarche diplomatique.

Le 30 octobre, le Conseil de sécurité a rejeté les deux textes soumis au vote. Le projet américain, qui faisait du plan marocain d’autonomie la base des négociations, a obtenu onze voix favorables, mais s’est heurté au veto russe. La Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus. Le contre-projet russe, qui prévoyait une prolongation de la MINURSO sans changement, n’a recueilli que trois voix et a été bloqué par l’opposition américaine.

Evoquant la réalité du terrain, le ministre a réaffirmé que  « Le Maroc est chez lui dans son Sahara. Le soutien international existe », rappelant la dynamique de développement lancée dans les provinces du sud, avec des ouvrages, des infrastructures et l’attraction d’investissements.

Et de lancer:  « Les textes sont réversibles, ils changent. La réalité ne change pas. Ne regardons pas ce qu’il y a dans les textes, regardons aujourd’hui ce qu’il va se passer sur le terrain ».

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