Lula-Bolsonaro : le Brésil à l’heure du choix
À deux jours du premier tour, le Brésil s'apprête à trancher entre Lula et Flávio Bolsonaro, dans un scrutin qui doit aussi renouveler le Congrès et peser sur la composition de la Cour suprême.

Dans un duel aux airs de tragédie grecque, le Brésil s’apprête à trancher, une nouvelle fois, entre Luiz Inácio Lula da Silva et le clan Bolsonaro. Au-delà de ce classique de la vie politique, c’est l’avenir de la première économie d’Amérique latine et son ancrage dans une région en pleine recomposition qui se jouent désormais dans les urnes. Le Brésil restera-t-il le bastion de la gauche latino-américaine aux côtés du Mexique, ou basculera-t-il à son tour à droite, après le Chili et la Colombie ?
Un duel sur le fil du rasoir
À l’aube de ses 81 ans, le président sortant brigue un quatrième mandat, fort de douze années cumulées au pouvoir. Face à lui, Flávio Bolsonaro, 45 ans, porte les couleurs d’une droite conservatrice déterminée à reprendre les rênes du Planalto. Les deux favoris se livrent une course sur le fil du rasoir. À deux jours du vote, d’autres prétendants de droite, loin derrière dans les sondages, pourraient néanmoins peser dans un probable second tour, le 25 octobre. Dans ce scrutin qu’il qualifie d’un « des plus serrés de l’histoire récente », le politologue Fabio Albergaria de Queiroz explique à la MAP que la victoire se jouera sur « l’aptitude des candidats à conquérir les indécis ».
Le bilan au cœur de la bataille
Pour séduire, le candidat du Parti des travailleurs sort sa calculette : chômage historiquement bas, inflation modérée et recul de la déforestation en Amazonie, au cœur d’une campagne pourtant moins électrique qu’en 2022. Afin de sanctuariser son électorat populaire, le chef de l’État sortant a revalorisé le programme Bolsa Família et interdit les paris sportifs en ligne, accusés d’essorer les finances des foyers. Ces indicateurs ne suffisent pas, toutefois, à dissiper les inquiétudes sur le pouvoir d’achat. Le prochain locataire du Planalto devra slalomer entre une dette publique élevée et des contraintes budgétaires réduisant ses promesses à peau de chagrin. Héritier désigné, Flávio Bolsonaro s’efforce d’incarner une version « plus modérée » de son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État lors des événements du 8 janvier 2023. Face à une criminalité rampante, le candidat du Parti libéral attire une population épuisée en promettant d’importer le modèle de fermeté adopté par le président salvadorien Nayib Bukele.
Congrès et Cour suprême : l’autre bataille
Dimanche, les 160 millions d’électeurs ne choisiront pas seulement leur président : ils renouvelleront la Chambre des députés et les deux tiers du Sénat. La prochaine législature devra ratifier ou bloquer la nomination de quatre des onze juges de la Cour suprême. Cette bataille de l’ombre est percutée par une crise inédite au sein de la plus haute juridiction : la police fédérale examine les liens entre plusieurs magistrats et Daniel Vorcaro, un ex-banquier au cœur d’un vaste scandale de fraude. Ce dossier affaiblit Flávio Bolsonaro, soupçonné de malversations liées au financement d’un film sur son père, des accusations qu’il dément, et éclabousse le camp de Lula, dont le fils fait lui aussi l’objet d’enquêtes pour corruption.
Le défi extérieur
Si le Brésil maintient une diplomatie pragmatique entre Washington et Pékin, cet équilibre est mis à l’épreuve depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche : droits de douane élevés, sanctions au titre de la loi Magnitsky, enquêtes commerciales et classification de deux gangs comme organisations terroristes. « Le prochain exécutif devra évoluer dans un contexte mondial plus compétitif, où les intérêts ne coïncident pas toujours », souligne Marcus Vinicius de Freitas, professeur à l’Université des Affaires étrangères de Chine.



