L’Iran dément toute implication dans les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite
Téhéran répond aux accusations de Ryad, qui lui attribuent une part de responsabilité dans l’escalade, et propose une médiation. Les Houthis ont revendiqué vendredi soir des tirs de missiles près de l’aéroport d’Aden.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté vendredi 16 octobre 2026 les accusations de l’Arabie saoudite, au lendemain d’une déclaration de Rayed Krimly, vice-ministre saoudien chargé de la diplomatie. L’ampleur des attaques houthies contre les infrastructures pétrolières et les aéroports saoudiens est inédite depuis le début, en 2014, de la guerre opposant les Houthis au gouvernement yéménite, soutenu par Ryad.
Ryad accuse, Téhéran répond
Rayed Krimly a déclaré jeudi : « L’escalade engagée par les Houthis (…) est encouragée par l’Iran ». Il accuse Téhéran de continuer à armer, entraîner et soutenir le mouvement.
Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a répondu dans un communiqué que les Houthis « agissent en fonction de leurs propres intérêts et de leurs propres analyses ». Il juge ces allégations dépourvues de crédibilité pour ceux qui connaissent les relations entre l’Iran et ses alliés. Il affirme qu’une escalade ne sert les intérêts d’aucune des parties et rappelle la proposition iranienne de médiation entre les deux camps. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait déjà proposé dimanche cette médiation. Téhéran avait aussi démenti toute intervention dans les affaires yéménites en septembre.
Les Houthis font partie de « l’Axe de la résistance », ensemble de groupes opposés à Israël qui comprend le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et des factions armées chiites irakiennes.
Aden : deux missiles près de l’aéroport vendredi soir
Les Houthis ont revendiqué vendredi soir le tir de deux missiles tombés près de l’aéroport d’Aden, où s’est réfugié le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. Ils affirment avoir visé un centre de commandement saoudien. Les autorités locales indiquent que les deux frappes ont touché le complexe aéroportuaire, sans victime recensée dans l’immédiat.
Moammar Al-Eryani, ministre yéménite de l’Information, a dénoncé sur X « non seulement une attaque contre un aéroport civil, mais une menace directe pour la vie des passagers et des équipages, pour la sécurité aérienne ». Jeudi, une attaque houthie contre le siège du gouvernement à Aden, visant un centre de commandement de la coalition dirigée par Ryad, a fait cinq morts et 16 blessés.
Aéroport de Ryad : 20 cibles depuis début octobre, 13 morts le 10 octobre
L’aéroport international de la capitale saoudienne a été ciblé à 20 reprises depuis début octobre. Les frappes de samedi dernier y ont fait 13 morts et plus de 300 blessés.
La coalition menée par l’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté des missiles et des drones au-dessus de Ryad et d’autres régions. Son porte-parole Turki al-Malki a indiqué sur X que trois drones ont été détruits dans le sud et à Ryad, ainsi que deux missiles de croisière au-dessus de la mer Rouge. Un missile balistique a été intercepté au-dessus de Yanbu, principal terminal pétrolier du royaume sur la mer Rouge. L’Arabie saoudite est le premier exportateur mondial de brut.
Voyages déconseillés, Conseil de sécurité unanime
L’ambassade d’Australie a appelé ses ressortissants à reporter tout voyage vers l’Arabie saoudite, y compris pour des raisons religieuses. Octobre marque généralement le début de la haute saison du pèlerinage à La Mecque. Elle recommande à ceux qui veulent quitter le pays de partir tant qu’il reste des vols commerciaux et aux autres de prévoir un abri, avec des réserves d’eau et de nourriture.
Dans une déclaration commune, les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont « condamné avec la plus grande fermeté la poursuite et l’intensification des attaques des Houthis contre le Royaume d’Arabie saoudite » et contre la navigation commerciale en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ils ont réaffirmé, comme en septembre, le droit de l’Arabie saoudite à la légitime défense.
La reprise à grande échelle du conflit yéménite en juillet 2026, après plusieurs années de trêve relative, a ouvert un nouveau front au Moyen-Orient. El-Khidir Daloum, directeur pays du Programme alimentaire mondial au Yémen, met en garde contre une « catastrophe humanitaire » dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. En 2026, 18,3 millions de Yéménites, soit 52 % de la population, sont exposés à l’insécurité alimentaire aiguë.



