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Énergie, ports, calcul : le Maroc face aux attentes européennes

La proximité et les infrastructures donnent au Maroc des arguments. La valeur du partenariat avec l’Europe se jouera dans les services réellement disponibles et les bénéfices que le pays saura en retirer.

Un port peut rapprocher deux économies. Une ligne électrique, les rendre interdépendantes. Un centre de données peut accueillir des clients étrangers sans rendre le calcul plus accessible aux entreprises du pays où il s’installe. Pour le Maroc, ces différences comptent au moment de négocier sa place dans les transformations énergétiques et numériques européennes.

Le 31 octobre, sur instructions du Roi Mohammed VI, le prince héritier Moulay El Hassan a lancé les opérations du premier terminal à conteneurs de Nador West Med. Selon les chiffres annoncés lors du lancement,  54 milliards de dirhams sot mobilisés concernent l’ensemble du complexe industrialo-portuaire. L’ouverture du terminal marque le passage d’une partie de cet investissement à l’exploitation. Sa valeur se mesurera désormais au trafic, aux activités industrielles et aux emplois qu’il permettra de développer.

Dans le numérique, les besoins sont importants, mais ils ne constituent pas un marché acquis. L’Agence internationale de l’énergie projetait, dans son rapport « Energy and AI » de 2025, une consommation électrique mondiale des centres de données d’environ 945 térawattheures en 2030, contre quelque 415 en 2024. Cette projection mondiale ne dit ni où les installations seront construites ni quelle part reviendra au Maroc.

Pour un client européen, l’intérêt d’une implantation marocaine dépendra d’une électricité fiable, du coût complet du service, des connexions et de la sécurité juridique. Le potentiel solaire est un avantage possible ; il ne renseigne pas, à lui seul, sur le prix d’une alimentation disponible jour et nuit, réseau et secours compris.

L’exemple de Xlinks rappelle que l’intérêt pour une ressource ne suffit pas à faire aboutir un projet. Le 26 juin 2025, le gouvernement britannique a décidé de ne pas poursuivre l’examen d’un soutien à la liaison électrique envisagée entre le Maroc et le Royaume-Uni. Il a précisé que cette décision ne constituait pas un jugement sur le Maroc comme partenaire stratégique. Un projet peut donc servir une ambition de rapprochement et échouer à convaincre sur les conditions de sa réalisation.

Pour les centres de données, une autre exigence concerne les transferts de données personnelles. Le Maroc ne figure pas parmi les pays bénéficiant d’une décision d’adéquation de la Commission européenne. Cela n’interdit pas ces transferts : ils peuvent notamment reposer sur des garanties appropriées, telles que les clauses contractuelles types, sous réserve des conditions applicables. C’est néanmoins un travail juridique et opérationnel à intégrer à l’offre, au même titre que les raccordements.

La cybersécurité appelle des engagements tout aussi précis. Le contrat devrait fixer les responsabilités en cas d’intrusion, les droits d’audit et les délais d’alerte. Des sauvegardes dont la restauration est testée et la possibilité de récupérer ses données pour changer de prestataire donneraient aux clients une maîtrise réelle du service. Héberger sur place ne suffit pas à garantir cette maîtrise.

La continuité de l’État et la profondeur historique du Royaume donnent au Maroc une personnalité politique propre. Dans les partenariats technologiques, cet héritage prend sa valeur lorsqu’il se traduit par des engagements durables et une capacité à préserver ses choix.

Le projet Nexus AI Factory fournit un cas concret. Dans son annonce du 8 avril 2026, en marge du GITEX Africa, le ministère chargé de la Transition numérique présente un protocole d’accord portant sur un investissement initial de 12 milliards de dirhams. Deux phases sont prévues : 16 mégawatts à Nouaceur, puis 20 dans le nord, soit 36 mégawatts cumulés à fin 2027, avec un objectif de 125 emplois directs. Ce sont des engagements annoncés, dont l’exécution reste à suivre.

Ces données permettent de poser des questions précises : calendrier des financements, puissance raccordée, équipements disponibles, emplois effectivement créés. Elles donnent aussi une échelle au débat. Un investissement numérique peut mobiliser des sommes considérables sans produire beaucoup d’emplois directs. Son intérêt national dépendra donc aussi des services accessibles aux entreprises et des compétences acquises sur place.

Des serveurs installés au Maroc ne donnent aucun droit automatique aux chercheurs marocains de les utiliser. Une capacité réservée aux universités, aux administrations et aux PME, avec des tarifs et des engagements de service, aurait une portée concrète. Les travaux en arabe, en amazighe et en darija pourraient en bénéficier. La formation gagnerait, elle aussi, à être définie par les responsabilités confiées aux équipes locales une fois le chantier terminé.

L’eau impose une vigilance particulière. Dans un pays soumis à un stress hydrique structurel, le refroidissement des serveurs engage les ressources d’un territoire. Les solutions techniques s’apprécient site par site, avec leur consommation électrique. Publier les prélèvements et prévoir les restrictions en période de sécheresse permettrait aux habitants de connaître les conséquences d’une implantation avant qu’elle ne devienne irréversible.

La répartition des dépenses de réseau mérite la même clarté. Un raccordement retardé, le retrait d’un client ou une consommation supérieure aux prévisions peuvent déplacer les charges vers la collectivité. L’opérateur, les fournisseurs et les autorités publiques ont intérêt à préciser qui supportera ces dépenses. Les garanties financières et les conditions de sortie prennent tout leur sens avant que les sommes engagées ne rendent le désaccord trop coûteux.

Les partenaires européens disposent d’autres options. Le Maroc a intérêt à les connaître, tout en examinant les siennes : une implantation plus petite, un autre client, un usage industriel local ou le report d’un accord. Les besoins nationaux et les débouchés africains ont leur place dans ce calcul. Une solution de repli n’a toutefois de valeur que si son coût, son délai et les clients susceptibles de la rendre viable ont été examinés.

Le pays n’a pas à prouver qu’il serait partout la meilleure destination. Il lui revient d’identifier les projets qui renforcent durablement son économie et de fixer les conditions auxquelles il les accueille. L’ouverture prend alors un sens précis : travailler avec ses partenaires sans leur abandonner la définition de ses priorités.

 

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