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Pourquoi le Salvador a envoyé 2 000 soldats en Haïti ?

Depuis le 22 octobre, l’armée salvadorienne mène des opérations près de Port-au-Prince, à la suite d’une embuscade survenue le 18 octobre. Quatre de ses techniciens restent introuvables.

Le Salvador, pays d’Amérique centrale dirigé par le président Nayib Bukele, a déployé plus de 2 000 soldats en Haïti, pays des Caraïbes en proie à la violence des gangs. Cette opération a été lancée après la disparition de quatre militaires salvadoriens le 18 octobre, à la suite d’une embuscade près de la capitale, Port-au-Prince. Les quatre hommes n’ont pas été retrouvés.

Haïti, un pays où les gangs étendent leur emprise

Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, traverse depuis longtemps une crise politique, économique et sécuritaire. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, les gangs ont gagné en puissance et multiplient meurtres, enlèvements, viols et recrutements d’enfants. Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, dirige le gouvernement de transition.

Une force internationale déjà présente, la GSF

Pour appuyer la Police nationale haïtienne, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé en septembre 2025 la création de la Force de répression des gangs (GSF). Elle a succédé à une mission multinationale dirigée par le Kenya. Cette force n’est pas une opération onusienne. Elle est autorisée à compter jusqu’à 5 500 policiers et militaires, mais reste très loin de cet objectif. Elle réunit notamment des contingents du Tchad, de la Jamaïque et du Guatemala. Son mandat a été prolongé le 29 septembre de six mois, jusqu’au 31 mars 2027.

Le Salvador participait à la GSF avant l’embuscade, avec du personnel chargé d’évacuations médicales. Nayib Bukele a indiqué que cette mission « ne se compose que de pilotes et de personnel technique », dont le rôle principal est de réaliser des évacuations médicales, « non de faire la guerre ».

L’embuscade du 18 octobre

Le 18 octobre, un véhicule blindé de la GSF a été attaqué à Croix-des-Bouquets, dans le secteur de Santo, au nord-est de Port-au-Prince. Quatre techniciens de l’aviation salvadorienne, affectés à la GSF, se trouvaient à bord. Ils ont fui le véhicule en flammes et sont portés disparus depuis. Aucun groupe n’a revendiqué l’attaque.

Le Salvador affirme que les quatre hommes ont été enlevés. Le gouvernement haïtien les dit disparus. Un chef de gang affirme qu’ils sont morts. Quelques jours après l’embuscade, une organisation non gouvernementale a remis aux forces salvadoriennes des dépouilles, en affirmant qu’il s’agissait de celles des techniciens. Nayib Bukele a rejeté cette affirmation, en évoquant notamment les restes d’un enfant et ceux d’un homme « d’une taille considérablement supérieure à celle de nos techniciens ». Un responsable salvadorien a confirmé que ces corps n’étaient pas ceux des techniciens. Le 3 novembre, la police haïtienne a retrouvé le véhicule calciné, sans aucune trace des quatre hommes.

Le déploiement salvadorien

Le 21 octobre, Nayib Bukele a annoncé le lancement d’une opération militaire pour retrouver les quatre hommes, en avertissant que la réponse serait plus ferme s’ils n’étaient pas libérés vivants et indemnes. Les premières forces spéciales sont arrivées en Haïti le 22 octobre. Le 28 octobre, le gouvernement salvadorien a confirmé le déploiement de 2 000 soldats.

Nayib Bukele a indiqué que le Salvador finance 90 % des dépenses. Il a déclaré : « Ce n’est pas une opération contre le peuple haïtien ni une invasion d’Haïti. Notre seul objectif est de ramener nos quatre techniciens de l’aviation à la maison ». Il a aussi déclaré que les forces salvadoriennes quitteront immédiatement Haïti si les quatre techniciens sont rendus vivants.

Il a par ailleurs écrit sur X, à l’adresse des gangs haïtiens : « Nous en avons déjà fini avec les gangs au Salvador, et nous pouvons aussi en finir avec vous ». Des organisations de défense des droits humains critiquent l’approche de Nayib Bukele face aux gangs au Salvador, fondée en partie sur des arrestations et des procès de masse.

Les opérations sur le terrain

Les troupes salvadoriennes disposent de véhicules blindés et d’hélicoptères. Elles ont lancé leur première opération terrestre d’envergure contre les gangs 400 Mawozo et Chèn Méchan, dans la plaine du Cul-de-Sac, à l’est de Port-au-Prince. Le 3 novembre, Nayib Bukele a publié une vidéo qui, d’après lui, montre des hélicoptères salvadoriens ouvrant le feu sur des gangs qui attaquaient des soldats tchadiens de la GSF.

Un cadre de commandement qui reste flou

Les forces salvadoriennes opèrent séparément de la GSF. Le gouvernement de transition haïtien soutient le déploiement. Alix Didier Fils-Aimé a indiqué que les forces étrangères présentes dans le pays agissent sous commandement haïtien : « La force internationale n’est pas là pour remplacer l’État ». Il s’est entretenu par téléphone avec Nayib Bukele de la coopération opérationnelle « dans le cadre de la GSF ». Les termes, la durée et l’articulation de la mission salvadorienne avec la GSF n’ont pas été précisés.

Les réactions

Wilson Joseph, chef du gang 400 Mawozo, a indiqué avoir écrit au secrétaire général de l’ONU pour demander une médiation, car il craint que la présence de troupes salvadoriennes n’aggrave la violence. L’ONU a rappelé l’importance du respect du droit international applicable, de la protection des populations et de la recherche de solutions pacifiques.

Le déploiement fait l’objet d’accusations contestées. Le 28 octobre, l’organisation UNA-Haïti a accusé les forces salvadoriennes de bombardements aériens ayant tué des civils à Croix-des-Bouquets, et a demandé une enquête de l’ONU. Nayib Bukele a démenti, tout comme la GSF, qui a déclaré ne pas avoir utilisé d’explosifs ni mené de bombardements aériens. Médecins sans frontières a fait état de 30 civils blessés par balles ou explosions à Port-au-Prince entre le 18 et le 26 octobre.

Vendredi 6 novembre, des manifestants ont défilé à Canapé-Vert, quartier de Port-au-Prince, pour critiquer le gouvernement haïtien, qu’ils jugent défaillant dans l’équipement de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti. Certains ont dit placer leurs espoirs dans Nayib Bukele et les troupes salvadoriennes.

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