Le roi Charles III s’exprimera mardi sur l’esclavage devant les dirigeants du Commonwealth
Le roi Charles III s’adressera mardi aux dirigeants du Commonwealth à Antigua-et-Barbuda. Le Premier ministre britannique Andy Burnham se dit ouvert à des excuses officielles, mais exclut toute réparation financière.

Le roi Charles III évoquera avec « franchise » les « aspects honteux » de l’histoire du Royaume-Uni lorsqu’il s’adressera mardi aux dirigeants du Commonwealth, a annoncé samedi 31 octobre le palais de Buckingham. Le rôle du Royaume-Uni dans la traite transatlantique des esclaves fait l’objet d’une attention renouvelée.
Un discours mardi au sommet du Commonwealth
Le roi, arrivé vendredi soir à Antigua-et-Barbuda, effectue une visite de neuf jours dans les Caraïbes. Il doit s’adresser mardi aux chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM), réunis dans ce pays. Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, sera également présent à ce sommet.
Un porte-parole de Buckingham a indiqué que le roi abordera ces questions « avec une franchise sans concession, une profonde tristesse et dans le respect des discussions plus larges qui se tiendront entre les gouvernements concernés ». Le Commonwealth rassemble 56 États membres, principalement d’anciennes colonies britanniques, et Charles III s’exprimera en sa qualité de chef de l’organisation. Le porte-parole a précisé qu’il n’est donc « pas approprié » qu’il aborde des questions de politique liées à la position du gouvernement britannique.
Le palais avait déjà annoncé que le roi ne chercherait pas à « éviter de se confronter aux aspects les plus honteux du passé » pendant cette tournée.
Andy Burnham ouvre la porte à des excuses, pas à des réparations
Le Premier ministre britannique, issu du Parti travailliste et au pouvoir depuis juillet, a appelé samedi, dans une tribune, à « regarder le passé en face ». Il a écrit : « Je tiens à exprimer ma tristesse et mes regrets pour la douleur et les souffrances endurées par tant de millions de personnes, et à reconnaître à quel point cela continue de façonner notre monde aujourd’hui. » Il a qualifié la traite transatlantique de « violation brutale et barbare » des droits des personnes concernées.
Il a annoncé vouloir engager un dialogue structuré avec les personnes touchées par la traite. Il a ajouté : « Être à l’écoute des appels en faveur d’excuses officielles au nom de l’État britannique constituera un élément important de ce processus, et je suis ouvert à ces demandes. »
Andy Burnham a en revanche exclu toute compensation financière : « Je ne pense pas que les Britanniques d’aujourd’hui puissent être tenus pour responsables de torts historiques, aussi odieux soient-ils, qui se sont produits à une autre époque, en vertu de lois différentes, et auxquels ils n’ont pas pris part personnellement. » Il a en revanche évoqué une initiative de restructuration de la dette des pays les plus pauvres du Commonwealth, avec des remboursements étalés sur une plus longue période et de meilleurs taux.
Des appels répétés aux excuses et aux réparations
Depuis des années, la famille royale et le gouvernement britannique sont appelés par des pays victimes de la traite, dont le Royaume-Uni a profité pendant des siècles, à présenter des excuses et à ouvrir la voie à des réparations financières.
Aux Bahamas, mardi, premier jour de sa tournée, Charles III a reconnu « les grandes souffrances du passé ». Il avait déjà décrit l’esclavage comme les « jours les plus sombres » de l’histoire britannique. Cela ne suffit pas à beaucoup d’habitants des Caraïbes. « Il devrait y avoir des excuses », a déclaré une réceptionniste bahaméenne, Daliesha Murray. De petits groupes de manifestants brandissaient des pancartes portant l’inscription « Payez ce que vous nous devez ».
Le président du Guyana, Irfaan Ali, a estimé avant de rencontrer le roi que la reconnaissance des torts historiques n’est qu’une « première étape ». Il a ajouté : « À présent, présenter des excuses est l’étape suivante. »
Selon l’ONU, quelque 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants d’Afrique ont été victimes de la traite transatlantique entre le XVIe siècle et la fin du XIXe siècle. Le Royaume-Uni met en avant son rôle de premier plan dans l’abolition de l’esclavage : le Parlement britannique a adopté en 1833 une loi abolissant l’esclavage dans la majeure partie de l’Empire britannique.



