Sahara marocain : ce que contient le projet de résolution de l’ONU et pourquoi Washington a ménagé la Russie
Le Conseil de sécurité de l’ONU vote aujourd’hui sur le Sahara marocain. Le texte américain prolonge la mission jusqu’en octobre 2027, la rebaptise MINUSO et fait du plan d’autonomie du Maroc la seule base de négociation.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit voter aujourd’hui, vendredi 30 octobre, sur le renouvellement de la mission des Nations unies au Sahara marocain. Le texte, que nous avons pu consulter et qui reste susceptible d’être modifié avant le vote, a été rédigé par les États-Unis, chargés du dossier au Conseil. Pour être adopté, il lui faut au moins neuf voix et aucun veto des cinq membres permanents : États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni.
C’est là que se joue l’essentiel. Depuis l’automne 2025, la Russie et la Chine s’abstiennent sur ce dossier plutôt que de s’y opposer. Washington cherche à conserver cet équilibre, d’où un texte négocié.
Ce que prévoit le texte
- La mission est prolongée jusqu’au 31 octobre 2027.
- À partir du 1er novembre 2026, la MINURSO devient la MINUSO : le mot « référendum » disparaît de son nom.
- Le secrétaire général de l’ONU doit présenter, d’ici le 30 janvier 2027, des propositions sur la structure de la mission, avec une réduction possible des effectifs en uniforme et des regroupements de sites. Le Conseil décidera ensuite de son avenir.
- Le plan d’autonomie proposé par le Maroc est la seule base des discussions entre les parties.
- Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) doit achever en six mois l’enregistrement de la population des camps de Tindouf, en Algérie.
- L’attaque du 5 mai 2026 contre la ville de Smara est condamnée.
Des concessions pour éviter le veto
Selon plusieurs informations de presse, les premières versions étaient plus dures : fin de la mission de maintien de la paix en avril 2027 et réduction de moitié des effectifs dès janvier. Ces échéances ne figurent plus dans le texte que nous avons consulté. Le plan marocain y est aussi présenté comme la solution « la plus réalisable ». À la demande de la Russie et du Mozambique, le principe d’autodétermination a été réintroduit.
Ce dernier point mérite attention. Le mot revient dans le préambule et dans le paragraphe 8, qui parle d’une solution « conforme au principe d’autodétermination ». Chaque camp peut le lire à sa façon : pour le Maroc, l’autonomie sous souveraineté marocaine est une forme d’autodétermination. Pour le Polisario et l’Algérie, il s’agit d’un choix des populations, référendum compris. Le texte ne tranche pas cette différence d’interprétation.
Moscou plus proche de Rabat
Ce matin, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a répondu sans détour à une journaliste algérienne : le Maroc ne rejette pas l’autodétermination, il la concrétise à travers son plan d’autonomie. Moscou avait déjà ouvert la porte à cette lecture en octobre 2025, ce qui avait poussé l’Algérie à boycotter un forum russe.
La Russie se rapproche de plus en plus de Rabat : coopération économique, diesel, industrie militaire, et ambitions stratégiques vers l’Atlantique et l’Afrique. Pour Moscou, mettre un veto contre un partenaire en pleine progression serait coûteux, alors qu’une abstention lui laisse la liberté de défendre ses propres positions.
Ce qui reste ouvert
Le texte donne un avantage net et clair au plan marocain, mais il laisse plusieurs points en suspens. Le paragraphe 6 demande à l’émissaire de l’ONU, Staffan de Mistura, de consulter un large éventail de Sahraouis, y compris dans les camps et dans la diaspora.
Le sort de la mission après 2027 dépendra des propositions du Secrétaire général. Quant au Polisario, il avait jugé une version précédente du texte « grave » et « sans précédent », et menacé de se retirer du processus.
Le résultat du vote, et surtout le nombre d’abstentions, dira jusqu’où va le consensus au Conseil.




