En Israël, Netanyahou et Eisenkot cherchent une majorité de 61 sièges
En Israël, le camp du Premier ministre Benjamin Netanyahou compte 53 sièges et celui de Gadi Eisenkot 48, sur 120. Il en faut 61 pour gouverner, et l’option d’une rotation à la tête du gouvernement est évoquée, mais Eisenkot la rejette.

En Israël, les élections législatives du 27 octobre se sont conclues sans majorité pour le Premier ministre Benjamin Netanyahou comme pour son rival, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot. Le camp de Benjamin Netanyahou, qui rassemble son parti, le Likoud, et ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes, arrive en tête avec 53 sièges, dont 27 pour le Likoud. Le camp d’Eisenkot, le « bloc du changement », compte 48 sièges, dont 21 pour son parti, Yashar. Les partis arabes obtiennent 19 sièges. Il en faut 61 sur 120 à la Knesset, le Parlement israélien, pour former un gouvernement. Les résultats officiels doivent être remis au président Isaac Herzog le 4 novembre. Il consultera ensuite les groupes parlementaires et chargera un député de former le gouvernement, pour 28 jours, extensibles de 14 jours. Isaac Herzog peut désigner quelqu’un d’autre que les deux hommes, mais ils semblent les mieux placés.
Les options de Netanyahou
Benjamin Netanyahou a déjà rallié tous ceux qui se trouvaient sur sa droite, et n’a d’autre choix que de tendre la main à l’opposition. Les obstacles sont de taille : les quatre partis du bloc d’Eisenkot ont présenté ce scrutin comme un référendum contre lui. La gauche de Yaïr Golan (8 sièges) est la moins susceptible de le rejoindre. Pour Avigdor Liberman (Israël Beiteinou, 7 sièges), ancien proche du Premier ministre, « la seule coalition envisageable est une coalition composée exclusivement de partis sionistes, y compris le Likoud, mais sans Bibi », le surnom de Netanyahou. Naftali Bennett (Ensemble, 12 sièges) a d’abord laissé entendre qu’il ne s’opposerait pas à une alliance sous conditions, avant de rétropédaler sous les huées. L’option des partis arabes est très improbable : le Premier ministre les a dénigrés pendant la campagne et les accuse de fraude électorale, mais il leur a déjà tendu la main en 2015 et en 2021.
La rotation évoquée, mais rejetée
Une alliance avec Yashar, via un accord de partage du pouvoir avec rotation au poste de Premier ministre, est parfois évoquée. Selon le quotidien Maariv, qui cite des sources proches de Netanyahou, le Premier ministre envisage un gouvernement d’union avec Eisenkot. Mais Gadi Eisenkot, qui a martelé pendant la campagne qu’il ne servirait jamais sous Netanyahou, rejette toute participation à un gouvernement dirigé par lui, y compris avec une rotation. Ce scénario a un précédent récent : en 2020, Netanyahou et le centriste Benny Gantz, malgré leur inimitié, avaient conclu un tel accord après trois scrutins en moins d’un an, Gantz devant lui succéder au bout de dix-huit mois. L’attelage s’était défait au bout d’un an, entraînant un nouveau scrutin. Le président Herzog a appelé les dirigeants à aborder les consultations « l’esprit ouvert » pour éviter un nouveau vote.
Les options d’Eisenkot
Gadi Eisenkot a deux options principales : un gouvernement minoritaire soutenu à la Knesset par d’autres partis, ou un gouvernement d’union dont il serait le dirigeant. Les deux listes à majorité arabe, qui s’imposent en faiseuses de rois, se disent prêtes à travailler avec lui. Mais Bennett et Liberman s’opposent à ce partenariat, et un gouvernement minoritaire serait fragile. Ancien chef de l’armée, Eisenkot n’est pas un pacifiste et pourrait se heurter à ses nouveaux alliés en cas d’opérations meurtrières à Gaza. L’entrée du parti islamiste modéré Raam (8 sièges) est aussi possible, même si Eisenkot a dit qu’il ne le ferait pas : son dirigeant, Mansour Abbas, faisait partie du gouvernement de Yaïr Lapid en 2021. Il manquerait encore des sièges, que Gadi Eisenkot pourrait chercher chez les ultra-orthodoxes alliés à Netanyahou, au prix de concessions sur leur exemption du service militaire. Yaïr Lapid a demandé de la « patience » aux électeurs : « Ce sera dur », a-t-il reconnu.



