L’Espagne entame trois jours de deuil national après la catastrophe ferroviaire d’Urda
Le bilan est d’au moins 68 morts et de plus d’une centaine de blessés, et il peut encore s’alourdir. Les familles attendent des nouvelles, et les conducteurs de train font grève.

L’Espagne a entamé jeudi trois jours de deuil national après la collision entre deux trains à grande vitesse qui a fait mercredi au moins 68 morts et plus d’une centaine de blessés. C’est la pire tragédie ferroviaire du pays depuis le déraillement près de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, qui avait fait 80 morts. Le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a décrété le deuil de jeudi à samedi, et les autorités préviennent que le bilan, provisoire, peut encore s’alourdir.
Ce qui s’est passé à Urda
L’accident a eu lieu mercredi matin à Urda, une commune de la province de Tolède, en Castille-La Manche, à un peu moins de 150 km au sud de Madrid. Un train de la compagnie nationale Renfe a percuté par l’arrière, sur les mêmes rails, un train de l’opérateur privé Iryo, qui avait été forcé à l’arrêt après une panne informatique du système de sécurité qui contrôle la circulation ferroviaire. Environ 550 personnes se trouvaient à bord des deux trains. Le ministre des Transports a pointé une « erreur » humaine et des « circonstances inexplicables ».
Les recherches se poursuivent
Jeudi matin, les secours cherchaient d’éventuelles victimes supplémentaires dans l’amas de ferraille laissé par la collision, qui a propulsé deux voitures du train Iryo en contrebas du talus. D’imposantes grues sont à l’œuvre. « C’est un travail très complexe », a expliqué la porte-parole de la région, Esther Padilla, qui appelle à « ne pas précipiter » les recherches. Des dizaines de blessés restent hospitalisés.
Les familles dans l’attente
Depuis mercredi, une école du village accueille les proches venus se renseigner sur le sort des passagers, avec un soutien de la Croix-Rouge. La psychologue Carmen Garcai s’attend à « de longues heures difficiles », avec des personnes en état de choc, en colère, tristes ou inquiètes. La Garde civile a ouvert quatre bureaux, à Madrid, Tolède, Cordoue et Séville, pour recueillir des échantillons d’ADN auprès des proches et identifier les victimes. Des centres de dons du sang ont été mis en place. Parmi les rescapés, Josimar Medina, un Péruvien de 31 ans en vacances, dormait quand il s’est réveillé et a réalisé qu’il était « dans l’air ». Pablo Mejia, 42 ans, blessé à la tête, doit la vie à un changement de siège de dernière minute.
Une grève des conducteurs maintenue
Annoncée depuis une dizaine de jours, une grève de 24 heures du principal syndicat de conducteurs de train, le SEMAF, a lieu jeudi malgré la tragédie, pour « défendre la sécurité ferroviaire ». L’accident survient moins d’un an après celui d’Adamuz, qui avait fait 46 morts le 18 janvier. Le gouvernement fait face à des critiques sur la gestion du réseau à grande vitesse, le deuxième du monde après celui de la Chine : près de 26 millions de passagers l’ont emprunté entre janvier et août, selon l’Institut national de la statistique.



