Le Rwanda pressenti pour accueillir le premier centre de migrants expulsés d’Europe
Cinq pays de l’UE négocient l’ouverture au Rwanda d’un « hub de retour » pour déboutés d’asile. L’accord est attendu dans les prochaines semaines.

Le Rwanda est pressenti pour accueillir le premier centre pour migrants expulsés d’Europe, possiblement dès le début de l’année prochaine, indiquent des sources concordantes à l’AFP. Un accord est attendu dans les prochaines semaines.
Cinq pays derrière le projet
Ces centres, appelés « hubs de retour », ont été imaginés en lien avec la Commission européenne il y a un an et demi, pour accroître significativement le nombre d’expulsions de migrants du territoire européen. Cinq pays de l’Union européenne y travaillent depuis plusieurs mois : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas. Partisans d’une ligne migratoire très ferme, ils veulent expulser les déboutés d’asile et décourager d’autres migrants de s’installer sur le continent. Leur objectif affiché est de conclure un accord avec un pays d’ici à la fin de l’année, pour ouvrir un centre en 2027.
Le Rwanda figure depuis plusieurs mois parmi les destinations envisagées et apparaît désormais comme le candidat le plus probable, indiquent des sources proches des négociations. Des représentants des cinq pays se sont rendus à Kigali début septembre, confie une source diplomatique. Une délégation rwandaise s’est rendue en Europe il y a quelques jours, avec une étape à Bruxelles. L’Ouganda et l’Ouzbékistan sont également susceptibles d’accueillir à terme un centre.
Un projet pilote
Pour dissiper les inquiétudes, les cinq pays veulent lancer le centre à très petite échelle, indique une autre source diplomatique : une vingtaine de déboutés d’asile par pays, probablement des hommes majeurs appréhendés à la frontière. Ils anticipent aussi les scénarios, comme le transport ou la maladie d’un migrant. Une source proche des négociations précise que le site ne serait pas un centre de détention fermé. Le Rwanda souhaite parler de « centres d’accueil » et pourrait y proposer des formations professionnelles.
Des critiques et le scepticisme de la France
Les « hubs de retour » sont très critiqués par la gauche et les ONG, qui s’inquiètent du traitement des migrants. Le président Emmanuel Macron les avait critiqués vivement en juin, jugeant qu’ils n’étaient « ni efficaces » ni conformes aux valeurs de l’UE. L’eurodéputée écologiste néerlandaise Anna Strolenberg, de retour d’une mission au Rwanda, s’interroge : « Je ne vois pas en quoi il est accueillant d’envoyer des centaines de personnes en dehors de l’Union européenne ». Elle voit dans l’ouverture prévue de ce centre « une grave erreur » et constate sur place une évolution négative du sentiment à l’égard des réfugiés.
Des précédents
Le Royaume-Uni avait annoncé en 2022 son intention d’ouvrir un centre au Rwanda, mais le gouvernement de Keir Starmer a abandonné le projet à cause d’obstacles judiciaires. Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour expulser des étrangers qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays, en proposant de les envoyer notamment en Ouganda, au Salvador et au Rwanda.
Une annonce possible mi-novembre
L’accord pourrait être officialisé mi-novembre, possiblement en marge d’une conférence sur les migrations à Vienne, indiquent trois sources. « Le dialogue avance très bien mais nous ne ferons pas de commentaire quant au timing ou au pays », a affirmé un diplomate de l’un des cinq pays. La Commission européenne participe à certaines réunions en observatrice, sans se prononcer sur les modalités.



