
Invité d’un petit-déjeuner du Nueva Economía Forum à Madrid ce mardi 13 octobre 2026, Jordan Bardella, président du Rassemblement National (RN), a livré sa lecture des relations de la France avec ses voisins du Maghreb.
Il a affirmé que la gauche française avait « toujours été très proche du régime algérien », tandis que la droite avait « toujours été plus favorable au régime marocain », ajoutant qu’ Emmanuel Macron avait « réussi à se fâcher avec les deux pays », avant de conclure : « Il faut quand même le faire. »
La phrase est brève, presque anodine dans un échange de salle. Elle appelle pourtant une remarque, non pas sur le fond de la politique étrangère, mais sur le vocabulaire.
Dans le langage politique courant, « régime » désigne le plus souvent un pouvoir que l’on veut disqualifier ou contester. Employé sans nuance, il range deux réalités très différentes dans la même catégorie. On peut avancer que Bardella n’en saisit pas la nuance.
Sebta et Vox, un contexte qui éclaire peut-être le choix des mots
La veille, le 12 octobre, jour de la Fête nationale espagnole, Jordan Bardella se trouvait à la ville occupté Sebta (Ceuta), invité par Santiago Abascal, président de Vox. Les deux dirigeants y ont tenu une longue conférence de presse, loin de la tribune officielle de Madrid. Le lendemain, c’est dans la capitale espagnole, invité par le même Santiago Abascal, que le président du parti de l’extrême droite a parlé de « régime marocain ».
Vox fait du Maroc l’un de ses thèmes de prédilection avec des attaques ciblées. Le parti accuse régulièrement le gouvernement espagnol d’être « soumis » à Rabat et réclame de militariser la frontière de Sebta.
Une question de précision plus que de polémique
L’enjeu n’est pas d’exiger de Jordan Bardella un vocabulaire diplomatique, connu pour son manque d’envergure intelectuelle. Un responsable politique a le droit de juger la gauche trop complaisante envers Alger ou la droite trop attentive à Rabat. Il peut aussi dresser le bilan qu’il souhaite de l’action de Emmanuel Macron, dont le rapprochement avec le Maroc a pourtant été concret. En témoigne la lettre du 30 juillet 2024 reconnaissant le plan marocain d’autonomie comme la seule base de règlement du dossier des provinces du sud, suivie de la visite d’État du 28 au 30 octobre 2024.
Mais lorsque le mot choisi met sur le même plan deux États dont les trajectoires institutionnelles n’ont rien de comparable, il cesse d’être neutre. Il dit quelque chose de la manière dont on regarde le Royaume, et ce regard mérite d’être corrigé par des termes plus justes.
Pour rappel, le paron du RN est empétré dans une grande polémique pour des écrtits antisémites révélés par Mediapart.




