Six patients atteints de tumeurs cérébrales testeront le robot à ultrasons développé à Strasbourg
Une technologie développée à Strasbourg, fondée sur des ultrasons focalisés et des microbulles, va être testée pour la première fois chez l'homme afin de faciliter le passage des médicaments vers le cerveau.

Une technologie développée notamment par des chercheurs strasbourgeois, tendant à faciliter l’accès direct des médicaments au cerveau, va être testée pour la première fois chez l’homme, grâce à des ultrasons focalisés et des microbulles injectées dans le sang, rapportent les médias locaux. La technique consiste à ouvrir temporairement et localement la barrière hémato-encéphalique, qui limite habituellement le passage de nombreuses molécules thérapeutiques vers le tissu cérébral — une barrière responsable, selon les porteurs du projet, de l’inefficacité de près de 98 % des médicaments visant les pathologies cérébrales.
Un principe fondé sur la cavitation
Cette barrière naturelle protège le cerveau, mais constitue aussi un obstacle majeur pour le traitement de nombreuses maladies neurologiques et des tumeurs cérébrales. L’objectif des scientifiques est de la rendre momentanément perméable dans une zone ciblée, afin de permettre aux médicaments d’y pénétrer plus facilement. Le principe repose sur la cavitation : sous l’effet des ultrasons, les microbulles présentes dans les vaisseaux sanguins cérébraux oscillent et augmentent temporairement la perméabilité de la barrière, expliquent les chercheurs, notant que la procédure doit cependant être suffisamment contrôlée pour éviter une cavitation excessive susceptible d’endommager les vaisseaux.
Quinze ans de recherche collaborative
La technologie est issue de quinze années de recherche collaborative menée notamment au sein du laboratoire strasbourgeois ICube (Université de Strasbourg, CNRS), en lien avec l’ERL RODIN (Inserm), NeuroSpin (CEA) et BioMaps (CEA, CNRS, Inserm, Université Paris-Saclay). Les chercheurs strasbourgeois travaillent en particulier sur la robotique médicale et les thérapies ultrasonores. « Cette multidisciplinarité nous permet de développer des solutions robotiques répondant aux besoins réels de ces thérapies non invasives », soulignent Jonathan Vappou, directeur de recherche au CNRS, et Florent Nageotte, professeur à l’Université de Strasbourg, cités par des médias locaux.
Un robot porté par la start-up TheraSonic
Le dispositif, porté par la start-up TheraSonic, dont le directeur général Benoît Larrat est un ancien chercheur du CEA NeuroSpin, doit permettre de cibler les ultrasons à travers le crâne tout en contrôlant la cavitation produite par les microbulles. De nombreuses études précliniques ont été menées et un premier prototype du robot a été finalisé et mis en conformité réglementaire en vue des premiers essais chez des patients, soulignent les chercheurs.
Six patients, une étude de phase 1 axée sur la sécurité
L’essai clinique doit évaluer la technologie chez six patients présentant soit un gliome de grade 4 récidivant, soit des métastases cérébrales provenant d’une tumeur solide extracrânienne. Le protocole prévoit une séance unique de sonication et un suivi pouvant aller jusqu’à 30 jours. Il s’agit d’une étude de phase 1, dont le principal objectif est d’évaluer la sécurité de la procédure. La faisabilité de la sonication et l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique seront également évaluées par imagerie.
Des applications envisagées au-delà des tumeurs cérébrales
À terme, la technologie pourrait être utilisée pour faciliter l’administration de traitements contre les tumeurs cérébrales, mais aussi certaines maladies neurodégénératives et neurogénétiques.



