Les fanfaronnades de Tebboune sur le projet gazoduc Nigeria-Maroc
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune fanfaronne et se permet de critiquer le projet de gazoduc Nigeria-Maroc lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, affirmant que son tracé à travers 14 pays de transit ne laisserait que peu de gaz à exporter vers l'Europe.

Le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé samedi 3 octobre que le projet de gazoduc transsaharien est un projet africain qui relie le continent à l’Europe, lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale.
Et d’ajouter que ce projet profiterait en premier lieu aux « frères du Nigeria et du Niger ».
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a opposé le gazoduc transsaharien (TSGP) au projet de gazoduc africain atlantique Maroc-Nigeria, en avançant plusieurs chiffres qui divergent des données publiques disponibles.
Dans son intervention, Abdelmadjid Tebboune a présenté le TSGP comme le principal corridor gazier destiné à relier l’Afrique au marché européen. Il a notamment évoqué une longueur de 4 500 kilomètres pour le tracé algéro-nigérian. Les documents publiés par Sonatrach au printemps font toutefois état d’un parcours d’environ 4 128 kilomètres.
Le président algérien a également mis en cause les caractéristiques du projet atlantique, affirmant notamment que celui-ci traverserait quatorze pays et que chaque État de transit prélèverait 5 % du gaz acheminé. Or, les documents publics disponibles recensent treize pays concernés par le corridor et ne font pas apparaître une telle règle de prélèvement dans les accords rendus publics.
Le calcul des 5 % ne figure pas dans les accords publics
L’un des arguments avancés par Abdelmadjid Tebboune contre le projet de gazoduc atlantique repose sur un calcul qui ne correspond pas aux dispositions contenues dans les documents publics relatifs au projet.
Le président algérien s’est notamment interrogé : « Si le gazoduc passe par quatorze pays de transit et que chacun prend 5 %, que restera-t-il comme gaz à exporter vers l’Europe ? »
Les données publiées par NNPC Ltd. et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) dressent toutefois une autre configuration. Le tracé recense treize pays au total, en comptant le Nigeria comme pays producteur et le Maroc comme destination : Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Sénégal, Mauritanie et Maroc.
Le corridor traverse donc onze pays entre le Nigeria et le Maroc. Surtout, aucun des textes publics disponibles ne prévoit qu’un État de transit bénéficierait automatiquement d’un prélèvement correspondant à 5 % du gaz transporté.
Un projet concurrent qui traverse treize pays
Le gazoduc africain Atlantique Nigeria-Maroc, porté par Rabat et Abuja, doit traverser treize pays africains de la façade atlantique, sur un tracé long d’environ 6 000 kilomètres.
L’accord intergouvernemental relatif à ce projet a été signé le 19 juillet par les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
La directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, a indiqué début octobre, en marge de la 69e conférence des chefs d’État de la CEDEAO, que les pays traversés devraient bénéficier de redevances annuelles liées au transit du gaz, citant notamment la Mauritanie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.



