L’Érythrée rompt ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie après la fermeture de l’ambassade éthiopienne à Asmara
Asmara a rompu ses relations diplomatiques avec Addis-Abeba le 1er octobre, après la fermeture de l'ambassade éthiopienne et l'expulsion de dix diplomates érythréens. L'armée éthiopienne a repris Mekele depuis, et Abiy Ahmed réclame un accès à la mer Rouge.

‘Éthiopie et l’Érythrée n’ont plus de relations diplomatiques. Asmara les a rompues jeudi 1er octobre, en réponse à la fermeture de l’ambassade éthiopienne en Érythrée et à l’expulsion de dix diplomates érythréens décidées par Addis-Abeba, alors que les combats font rage dans le nord de l’Éthiopie.
Addis-Abeba accuse les diplomates érythréens de menacer sa sécurité
L’Éthiopie reproche aux diplomates expulsés des activités qui constituent une menace directe pour sa sécurité nationale et une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Elle accuse l’Érythrée de soutenir l’alliance rebelle dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui combat les forces gouvernementales dans le nord du pays. L’Érythrée rejette ces accusations.
Le ministère érythréen des Affaires étrangères a déclaré qu’Asmara n’avait « d’autre choix que de riposter de la même manière » et de rompre toutes ses relations diplomatiques. Il accuse l’Éthiopie de mener depuis des années une politique d’hostilité, notamment sur l’accès à la mer Rouge.
Les combats gagnent le nord de l’Éthiopie et la capitale
Les affrontements entre les forces fédérales et l’alliance rebelle touchent les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar. Ils sont les plus violents en Éthiopie depuis la guerre civile de 2020-2022, qui a fait des centaines de milliers de morts.
Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, une explosion a été signalée au ministère de la Défense à Addis-Abeba. Une source diplomatique évoque de petits drones. L’origine du tir n’est pas établie.
Les forces fédérales et leurs alliés sont entrés dans Mekele, capitale du Tigré, le dimanche 4 octobre, après la reprise de l’aéroport. Le TPLF a confirmé s’être retiré de la ville et avoir déplacé « temporairement » son administration régionale. Des témoins affirment avoir vu des soldats érythréens dans le nord de l’Éthiopie, dans une ville proche de la frontière. Asmara rejette l’allégation et y voit un prétexte éthiopien pour relancer la guerre.
Abiy Ahmed réclame un accès à la mer, Le Caire et Addis-Abeba s’opposent
Prêtant serment lundi 5 octobre pour un second mandat de cinq ans, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a affirmé que son pays enclavé doit disposer d’un accès à la mer Rouge. « Sur la base du principe du donnant-donnant, nous travaillerons avec diligence pour que l’Éthiopie dispose d’un débouché sur la mer », a-t-il déclaré. L’Éthiopie a perdu son accès direct à la mer Rouge en 1993, avec l’indépendance de l’Érythrée.
Le 4 octobre, l’Égypte, l’Érythrée, le Soudan et la Somalie se sont réunis à New Alamein, en Égypte. Ils ont affirmé que la gouvernance de la mer Rouge relève de la seule responsabilité des États riverains et rejeté toute action qui affecte l’usage du Nil par l’Égypte et le Soudan. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a répondu que toute discussion sur le Nil et la mer Rouge doit tenir compte des réalités géographiques, le Nil Bleu prenant sa source en Éthiopie.
Addis-Abeba accuse aussi l’Égypte et le Soudan de soutenir les rebelles tigréens. Le Caire et Khartoum le démentent. L’Éthiopie et l’Égypte ont chacune expulsé un diplomate de l’autre pays. Le Caire a justifié sa mesure par le principe de réciprocité.
De la paix de 2018 à la rupture
L’Érythrée a conquis son indépendance en 1993, et les deux pays se sont affrontés lors d’une guerre frontalière de 1998 à 2000. En 2018, Abiy Ahmed a rétabli les relations avec le président érythréen Isaias Afwerki, un rapprochement qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2019. Pendant la guerre de 2020-2022, les forces érythréennes ont combattu aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne contre le TPLF.
La Commission de l’Union africaine et les Nations unies se disent préoccupées. La Commission appelle l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à la plus grande retenue.



