
Le 29 avril 2026, à Rabat, le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau réaffirmait la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara et leur soutien au plan d’autonomie. Le gouvernement marocain évoquait, le lendemain, les perspectives d’investissement américain dans les provinces du Sud. Six mois plus tard, les élections du 3 novembre donnaient aux démocrates la majorité dans les deux chambres du Congrès, qu’ils exerceront à partir de janvier 2027. Donald Trump restait à la Maison-Blanche. Cette configuration oblige Rabat à regarder au-delà de ses relations avec l’administration présidentielle.
Les liens entre le Maroc et les États-Unis remontent aux premières années de l’indépendance américaine. En 1777, le Maroc ouvrait ses ports aux navires américains, marquant l’un des premiers gestes de reconnaissance et la base de la plus longue relation bilatérale ininterrompue des États-Unis. Le traité de paix et d’amitié signé en 1786 allait donner un cadre à cette relation. Une telle histoire compte dans la diplomatie. Elle ne dispense cependant aucun des deux pays de défendre ses intérêts, parfois divergents.
La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara, annoncée en 2020 et réaffirmée en 2026, demeure un acquis considérable pour le Royaume. L’arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier 2021 n’avait pas remis en cause la position américaine initiée par son prédécesseur et l’administration Biden avait officiellement choisi de s’inscrire dans la continuité de la décision prise par Donald Trump en décembre 2020. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le résultat des élections de novembre annonce un changement de cette position. La politique étrangère américaine connaît des continuités que les alternances parlementaires ne suffisent pas à effacer.
Le poids du Congrès et des institutions américaines
Le Congrès conserve néanmoins des moyens d’action importants. Il vote les crédits, contrôle l’administration et intervient dans la législation. Les agences fédérales disposent de leurs procédures, tandis que les entreprises américaines évaluent leurs investissements selon leurs propres critères. Une déclaration présidentielle peut faciliter un projet ; elle ne garantit ni son financement ni sa réalisation.
Le communiqué marocain du 30 avril mentionnait plusieurs secteurs susceptibles d’attirer des capitaux américains dans les provinces du Sud : hydrogène vert, énergies renouvelables, agriculture et tourisme. Il évoquait également la Millennium Challenge Corporation et la Development Finance Corporation. Ces perspectives méritent d’être suivies avec attention. Pour en mesurer la portée, il faudra connaître les entreprises engagées, les montants effectivement mobilisés et l’état d’avancement des projets.
Des échanges commerciaux à rééquilibrer
La politique commerciale américaine apporte un autre éclairage. En juillet 2026, Washington a décidé d’appliquer des droits additionnels de 12,5 % aux produits marocains, sous réserve des exemptions prévues. Cette mesure, fondée sur la section 301 de la législation commerciale américaine, résulte d’une enquête menée auprès de nombreuses économies sur les dispositifs interdisant l’importation de biens issus du travail forcé. Elle n’avait pas pour objet la question du Sahara. Elle rappelle néanmoins qu’un partenaire peut soutenir une position diplomatique essentielle pour le Maroc tout en adoptant des mesures défavorables à certains de ses exportateurs.
Les chiffres officiels américains montrent l’importance de cette dimension économique. En 2025, les échanges de biens et services entre les deux pays ont atteint 9,6 milliards de dollars. Pour les marchandises, les États-Unis ont exporté vers le Maroc pour 5,5 milliards de dollars et importé pour 1,9 milliard. Ces données ne suffisent pas à juger l’ensemble de la relation, mais elles invitent à s’interroger sur la place des entreprises marocaines dans les échanges.
L’accord de libre-échange, entré en vigueur en 2006, a ouvert des possibilités considérables. Vingt ans plus tard, il faut examiner ce qu’il a permis de développer dans l’industrie, les technologies, les services et la formation. L’accès au marché américain présente un intérêt évident. Encore faut-il que les entreprises marocaines puissent y vendre des produits à plus forte valeur ajoutée et participer davantage aux activités qui détermineront les échanges de demain.
Les provinces du Sud, un enjeu de développement
Les provinces du Sud ont leur place dans cette réflexion. Les infrastructures réalisées et les projets engagés par le Maroc peuvent attirer des partenaires étrangers, américains notamment. Leur développement ne saurait toutefois dépendre des seules décisions prises à Washington. La qualité des projets, les compétences disponibles, les financements et la capacité des institutions marocaines à accompagner les investisseurs seront déterminants.
Entretenir une relation avec l’ensemble de Washington
La coopération sécuritaire constitue, elle aussi, une dimension essentielle des relations entre les deux pays. Les intérêts américains en Afrique du Nord et au Sahel ne disparaissent pas lorsqu’une majorité change au Congrès. Cette continuité est un atout pour le Maroc, qui ne dispense pas Rabat de suivre attentivement les débats parlementaires, les choix budgétaires et les orientations des différentes agences américaines.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’une reconnaissance américaine importante sur la question du Sahara et d’une relation ancienne avec les États-Unis. Il doit en tirer tout le parti possible, sans attendre que les décisions américaines répondent toujours à ses attentes. L’expérience montre que les intérêts des partenaires se rejoignent sur certains dossiers et s’opposent sur d’autres. La qualité d’une diplomatie se mesure aussi à sa capacité à traiter ces désaccords sans compromettre l’essentiel.
Les élections américaines auront changé les équilibres à Washington. Elles ne changent pas la responsabilité qui revient au Maroc : poursuivre ses projets, défendre ses intérêts économiques et faire en sorte que sa relation avec les États-Unis repose sur des réalisations dont les deux pays puissent mesurer les bénéfices.




