Sahara marocain : l’autonomie au centre d’une nouvelle séquence diplomatique
La résolution 2797, l’élargissement des soutiens internationaux et l’actualisation souveraine de l’initiative marocaine ouvrent une nouvelle étape dans le dossier du Sahara marocain. L’autonomie sous souveraineté marocaine s’impose de plus en plus comme la voie centrale d’une solution politique durable.

Le dossier du Sahara marocain est entré dans une phase nouvelle. Pendant près de deux décennies, le Maroc a consolidé la crédibilité de son initiative d’autonomie face à un processus référendaire rendu inapplicable par les désaccords sur le corps électoral, les modalités de consultation et les options proposées. Aujourd’hui, le centre de gravité s’est déplacé. L’autonomie sous souveraineté marocaine occupe désormais une place centrale dans la recherche d’une solution politique définitive.
Ce déplacement ne repose pas sur une seule déclaration. Il résulte d’une accumulation de positions diplomatiques, d’évolutions au Conseil de sécurité et d’une stratégie marocaine qui articule action politique, développement des provinces du Sud et élargissement progressif du cercle des soutiens.
La nouvelle séquence consiste à inscrire cet avantage dans une architecture institutionnelle détaillée, conforme à la décision souveraine du Royaume d’actualiser son initiative et de lui donner toute sa portée politique, économique et humaine.
Le tournant de la résolution 2797
Adoptée le 31 octobre 2025 par onze voix, sans vote contre et avec trois abstentions, la résolution 2797 du Conseil de sécurité constitue une étape majeure. L’Algérie n’a pas participé au vote. Le texte prolonge le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026, soutient la reprise des négociations autour de l’initiative marocaine et indique qu’une autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait représenter l’issue la plus réalisable.
La portée de cette résolution appelle une lecture précise. Elle ne se substitue pas aux reconnaissances souveraines exprimées individuellement par de nombreux États et ne constitue pas, à elle seule, une reconnaissance formelle de la souveraineté marocaine par les Nations unies. Sa fonction est différente: elle renforce la centralité du projet marocain dans le processus politique et rend de plus en plus difficile toute négociation qui en ferait abstraction.
Cette distinction ne réduit pas l’importance du tournant. Elle permet, au contraire, de le mesurer avec rigueur. Le débat international s’oriente progressivement vers les conditions de la mise en œuvre de l’initiative marocaine dans le cadre d’une solution politique définitive et mutuellement acceptable.
Une initiative souveraine en cours d’actualisation
Présentée en avril 2007, l’initiative marocaine prévoit l’exercice par les populations de la région, de compétences législatives, exécutives et judiciaires dans le cadre de la souveraineté et de l’unité territoriale du Royaume. Les fonctions régaliennes, notamment la défense, la monnaie et les relations extérieures, demeurent du ressort de l’État.
Après l’adoption de la résolution 2797, le Maroc a engagé l’actualisation et la formulation détaillée de cette initiative. La réunion organisée le 10 novembre 2025 au Cabinet royal, avec les chefs des partis représentés au Parlement, le ministre de l’Intérieur et le ministre des Affaires étrangères, a traduit cette orientation en démarche politique nationale.
Le processus engagé prend en considération la répartition des compétences, les ressources financières de la région, les garanties institutionnelles, la représentation des différentes composantes de la population et la participation des Sahraouis des camps de Tindouf en Algérie à la gestion de leurs affaires locales.
Cette actualisation ne résulte pas d’une exigence extérieure adressée au Royaume. Elle prolonge une décision souveraine et une conception marocaine selon laquelle l’autodétermination peut trouver son expression dans une autonomie régionale substantielle, démocratiquement organisée et garantie par les institutions de l’État.
L’expérience accumulée dans les provinces du Sud constitue à cet égard un socle important. Les institutions élues, les investissements publics, les infrastructures, la protection sociale et l’ouverture atlantique contribuent à inscrire la souveraineté dans la réalité quotidienne. Le projet d’autonomie donne à cette dynamique territoriale une traduction politique appelée à réunir légitimité démocratique, efficacité institutionnelle et participation locale.
Washington reconnaît, Paris consolide, Londres se rapproche
Les positions des partenaires du Maroc ne sont pas identiques. Leur convergence progressive sur la centralité de l’autonomie représente néanmoins un acquis diplomatique mesurable.
Depuis la proclamation présidentielle du 10 décembre 2020, les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara. Le 8 avril 2025, le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment réaffirmé cette reconnaissance et le soutien américain à l’initiative d’autonomie comme seule base d’une solution juste et durable.
Cette position revêt une importance particulière. Les États-Unis sont membres permanents du Conseil de sécurité et assurent traditionnellement la rédaction initiale des résolutions relatives au Sahara. Washington dispose ainsi d’une capacité d’impulsion déterminante sur le rythme et l’orientation du processus politique.
La France considère, pour sa part, que le présent et l’avenir du Sahara s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. Elle présente l’autonomie sous cette souveraineté comme le cadre dans lequel le différend a vocation à être résolu et comme la seule base permettant d’aboutir à une solution politique durable.
Le Royaume-Uni a franchi une étape importante en juin 2025 en qualifiant l’autonomie au sein de l’État marocain de base la plus crédible, viable et pragmatique pour parvenir à un règlement politique. Londres continue parallèlement de soutenir le processus conduit par les Nations unies en faveur d’une solution mutuellement acceptable. Son positionnement confirme la convergence des trois membres permanents occidentaux du Conseil de sécurité sur la centralité de l’initiative marocaine.
L’Espagne soutient le projet comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible. L’Allemagne considère qu’une autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait représenter l’issue la plus réalisable. Ces évolutions ne font pas encore de l’Europe un ensemble parfaitement uniforme. Les gouvernements, les parlements et les juridictions n’avancent pas toujours au même rythme. La diplomatie marocaine prend ainsi en considération la diversité de ces espaces et la nécessité d’y consolider durablement ses acquis.
La méthode Bourita : élargir, préciser, concrétiser
La diplomatie conduite par Nasser Bourita repose sur une progression maîtrisée. Tous les partenaires ne sont pas invités à adopter immédiatement la même formulation. Certains reconnaissent la souveraineté marocaine ; d’autres présentent l’autonomie comme l’unique solution ou comme la base la plus crédible ; d’autres encore rapprochent progressivement leur position de cette dynamique.
Cette gradation élargit le cercle des soutiens sans confondre leurs niveaux d’engagement. Elle transforme également les déclarations politiques en coopérations concrètes: représentations consulaires dans les provinces du Sud, investissements, infrastructures, partenariats énergétiques, projets atlantiques et intégration de la région dans les accords économiques du Royaume.
L’ouverture des consulats et le développement des partenariats rendent visible une réalité politique, institutionnelle et économique que les adversaires du Maroc cherchent encore à contenir dans les cadres anciens du conflit.
La force de cette stratégie tient à sa continuité. Elle ne dépend pas d’un coup diplomatique isolé, mais d’un travail de consolidation qui associe partenaires africains, pays arabes, puissances occidentales et acteurs économiques internationaux.
Ce qu’Alger cherche à préserver
L’Algérie continue de présenter le dossier comme une question de décolonisation, de défendre un référendum comprenant l’option de l’indépendance et de reconnaître au Front Polisario l’exclusivité de la représentation sahraouie. Après le vote de la résolution 2797, elle a réaffirmé publiquement cette position et son attachement au référendum.
Alger affirme n’être qu’un pays voisin. Cette présentation reste difficilement compatible avec l’intensité frénitique de son engagement diplomatique, son accueil des camps à Tindouf et son soutien logistique au Polisario. Sa stratégie cherche principalement à empêcher la fermeture définitive de l’option séparatiste, laquelle lui fournira notamment un débouché direct sur l’océan Atlantique. Elle s’appuie pour cela sur les enceintes de décolonisation, la reconnaissance du Polisario et des réseaux politiques, associatifs ou universitaires favorables à ses thèses.
La souveraineté informationnelle, prolongement de l’action diplomatique
La confrontation se joue également dans l’espace numérique. La rapidité de diffusion des documents, des images et des déclarations rend possible la circulation de contenus falsifiés, de traductions déformées ou de comptes usurpant l’identité d’institutions officielles.
La cybersécurité rejoint ici la diplomatie. Elle concerne la protection des systèmes, mais aussi l’intégrité des documents, l’authentification des sources et la traçabilité des informations utilisées dans la décision publique.
Le Maroc poursuit la consolidation d’une chaîne de confiance reposant sur la publication de versions officielles, l’archivage horodaté, la sécurisation des canaux institutionnels, la conservation des métadonnées et la capacité de réagir rapidement aux falsifications.
Toute attribution d’une opération hostile appelle néanmoins un niveau élevé de preuve. La diffusion d’un faux contenu ne suffit pas à démontrer l’intervention d’un État. Il convient de distinguer la fabrication, l’amplification et le commandement éventuel. Cette discipline protège la crédibilité du Maroc et empêche ses adversaires de déplacer le débat du fond vers une controverse insuffisamment documentée.
De l’avantage diplomatique à la solution
Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’une configuration diplomatique sans précédent. Cette progression ne se mesure pas seulement au nombre de soutiens. Elle tient à leur qualité, à leur précision et à leur traduction progressive en engagements politiques et économiques.
L’actualisation de l’initiative d’autonomie ouvre désormais la voie à une nouvelle étape: donner à l’acquis diplomatique une architecture institutionnelle capable de réunir les populations, de favoriser le retour des Sahraouis des camps de Tindouf et d’inscrire la région dans une perspective de stabilité, de développement et d’intégration maghrébine.
Le Maroc a progressivement fait de son initiative le point de référence du processus politique. Il prend désormais en considération toutes les dimensions permettant d’inscrire cette dynamique dans une solution consensuelle, durable et définitivement respectueuse de l’intégrité territoriale du Royaume.
La diplomatie marocaine a déplacé le centre de gravité du dossier. L’autonomie sous souveraineté marocaine apparaît de plus en plus non comme une proposition parmi d’autres, mais comme la seule voie réaliste permettant de refermer un conflit entretenu et soutenu par Alger depuis plus d’un demi-siècle.




