
Le communiqué du Cabinet royal tient en deux phrases. Le Roi a reçu une demande de la cheffe du gouvernement visant à mettre fin aux fonctions de la ministre déléguée. Il l’a acceptée, conformément à l’article 47 de la Constitution. Aucun motif n’est avancé.
Rien, dans le parcours public de l’intéressée, ne laissait présager une sortie aussi brutale. Née en 1975 à Béni Mellal et titulaire d’un master en commerce international, elle a d’abord travaillé à l’Office national des aéroports. Elle a ensuite été secrétaire générale de l’Académie internationale Mohammed VI de l’aviation civile.
Membre du comité exécutif de l’Istiqlal, elle avait été réélue le 23 septembre dans sa circonscription avec 21 384 voix. Le 8 octobre, son parti l’avait portée à la tête de son groupe à la Chambre des représentants. Huit jours plus tard, elle entrait au gouvernement.
Une affaire de 2004 ressurgit
Le silence officiel a vite été comblé par la presse. Les médias et les réseaux sociaux ont déterré une affaire judiciaire qui remonte à 2004, évoquée à l’époque dans les journaux. Une jeune femme prénommée Madiha y était poursuivie pour faux, usage de faux, escroquerie, usurpation d’identité et émission de chèques sans provision.
D’après ce récit, elle avait utilisé l’identité d’une médecin pour obtenir un chéquier. Dix-neuf chèques sans provision sont cités. Les faits avaient été jugés dans la région de Fquih Ben Salah.
Un article du Matin daté du mois d’août 2004 relatait l’affaire de son arrestation, soulignant que la jeune femme avait été déférée devant la justice. Elle était soupçonnée d’avoir usé de l’identité d’une médecin pour ouvrir des comptes bancaires et émettre des chèques sans provision dans plusieurs villes, surtout auprès de bijoutiers.
Un second document circule : un certificat médical de 2004 attribué à l’ex-ministre, émanant d’une clinique psychiatrique, aurait servi à obtenir une mise en liberté dans le dossier des chèques.
Le revirement du gouvernement est frappant. Le premier Conseil de gouvernement, réuni le samedi 17 octobre, avait exprimé sa solidarité avec la ministre. Il avait dénoncé une tentative de brouillage venue d’adversaires politiques. Le lendemain, la cheffe du gouvernement demandait son départ.
Les récits divergent sur l’issue judiciaire. Ni l’intéressée ni l’Istiqlal ne se sont exprimés publiquement, et aucune décision de justice n’a été produite.
Le filtre qui n’a pas fonctionné
Si le lien se confirme, la défaillance n’est pas seulement individuelle. Un dossier vieux de vingt-deux ans aurait franchi quatre étapes : une investiture partisane, une élection législative, la présidence d’un groupe parlementaire et la composition d’un gouvernement. Chacune supposait une vérification. Aucune ne semble avoir joué son rôle.
Le contraste est d’autant plus net que les quatre partis de la majorité avaient promis des profils répondant à des critères « d’intégrité et de probité ». L’épisode mesure l’écart entre cet engagement et les procédures réellement appliquées.
Dans le cas actuel, la question se pose aussi au parti de l’Istiqlal: quels sont crières et selon quelles règles, il vérifie les antécédants de ses candidats ?
L’objection de la rapidité
On peut lire l’épisode à l’inverse. Quarante-huit heures ont suffi pour corriger l’erreur, à l’initiative de la cheffe du gouvernement elle-même. La chaîne de responsabilité a fonctionné, et vite.
L’argument a sa force, mais il a sa limite. Une correction après nomination coûte plus cher qu’un refus avant. Elle expose l’institution, le parti et l’intéressée. Elle laisse surtout le public reconstituer seul les motifs, à partir de récits en ligne de fiabilité inégale.
Le calendrier affaiblit d’ailleurs l’argument. Samedi, le Conseil de gouvernement défendait la ministre ; dimanche, il obtenait son départ. La décision n’est pas née d’une vérification interne, mais de la pression des révélations.
C’est là que se loge un second risque. L’affaire de 2004 reposerait, selon les récits. Tant que les pièces judiciaires ne sont pas produites, la même confusion menace le débat public. La présomption d’innocence vaut ici comme ailleurs.
Le débat a aussi franchi une autre ligne : la diffusion d’un document médical. Qu’un passé judiciaire intéresse le public se défend. Qu’un dossier de santé vieux de vingt-deux ans ressorte pose un problème de secret médical. Plusieurs titres l’ont relevé, et des défenseurs des droits demandent une clarification officielle avant tout jugement.
La probité se vérifie
Le nouveau gouvernement voulait faire de l’intégrité un marqueur. Il découvre, dès sa première semaine, que la probité ne se proclame pas. Elle se vérifie en amont, selon des règles connues de tous.




