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Fatima Ezzahra El Mansouri nommée première femme cheffe du gouvernment: après la forte symbolique, le mandat

Première femme nommée cheffe du gouvernement du Maroc, Fatima Ezzahra El Mansouri doit désormais construire une majorité et conduire le passage de la construction à la transformation.

Il y a une photo pour l’histoire. Celle de Fatima Ezzahra El Mansouri reçue, ce 29 septembre 2026, au Palais royal de Rabat par  le Roi Mohammed VI pour la nommer cheffe du gouvernement. Pour la première fois, une femme est appelée à diriger l’exécutif marocain. L’image dit quelque chose du chemin parcouru par le Maroc. Mais elle ne dit pas encore l’essentiel : ce que cette première changera dans l’exercice du pouvoir.

Six jours après les élections législatives, le Royaume passe du temps des urnes à celui de la construction gouvernementale. Le Parti authenticité et modernité (PAM), dont Fatima Ezzahra El Mansouri coordonne la direction collégiale, est arrivé en tête avec 97 sièges sur 395, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), 66 sièges, et l’Istiqlal, 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD), avec 54 élus, retrouve un poids parlementaire significatif.

Le scrutin a désigné une première force. Il n’a pas produit de majorité.

En nommant Fatima Ezzahra El Mansouri conformément à l’article 47 de la Constitution et en la chargeant de former le nouveau gouvernement, le souverain ouvre ainsi une nouvelle séquence. La victoire électorale doit maintenant devenir une capacité de gouvernement.

Avec 97 députés, le PAM est loin des 198 sièges nécessaires à la majorité absolue. Il faudra donc bâtir une coalition. Plusieurs configurations sont arithmétiquement possibles. La reconduction d’une alliance PAM-RNI-Istiqlal réunirait 228 sièges, mais elle reproduirait les partenaires de la précédente majorité dans un rapport de forces profondément modifié : le PAM en deviendrait la première composante. D’autres alliances dessineraient un équilibre différent.

La difficulté n’est donc pas seulement d’additionner des sièges. Elle est de construire une majorité qui permette de gouverner. Une coalition peut être confortable dans l’hémicycle et fragile dans ses arbitrages ; elle peut réunir des partis autour d’un programme ou se réduire progressivement à la gestion de leurs équilibres. La première épreuve de la nouvelle cheffe du gouvernement sera celle-là : transformer la pluralité des intérêts en autorité politique.

Quelques jours avant sa nomination, Fatima Ezzahra El Mansouri avait d’ailleurs indiqué que le PAM n’avait pas de « lignes rouges » concernant les alliances. Cette ouverture élargit son espace de négociation. Elle augmente aussi la responsabilité du choix. Une coalition ne dira pas seulement avec qui elle veut gouverner. Elle dira comment elle entend le faire.

Mme El Mansouri connaît déjà les deux extrémités de la chaîne publique. Ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement sortant, elle est également maire de Marrakech. Elle a donc éprouvé à la fois la décision centrale et le territoire où celle-ci doit produire ses effets.

Cette expérience prend une signification particulière au moment où le Maroc semble entrer dans une nouvelle étape de son développement. Le Royaume a beaucoup construit : infrastructures, protection sociale, investissements industriels, énergies renouvelables, grands projets territoriaux, préparation des grands rendez-vous internationaux. Une part importante du prochain mandat se jouera pourtant ailleurs, dans la capacité à transformer cette accumulation de chantiers en effets suffisamment perceptibles dans la vie quotidienne.

C’est peut-être là que se situe la véritable rupture politique de cette nomination.

La première femme à diriger le gouvernement marocain porte nécessairement un symbole puissant. Mais l’histoire de son mandat ne pourra pas se réduire à cette première. Le véritable enjeu sera de savoir si ce changement accompagne le passage d’un cycle largement consacré à la construction à un cycle davantage centré sur la transformation : transformer les infrastructures en services, les investissements en emplois, la protection sociale en accès effectif, les politiques territoriales en réduction des écarts et la décision publique en résultats.

Construire était indispensable. Faire sentir les effets de ce qui a été construit sera probablement plus difficile.

Le symbole rencontrera alors très vite le quotidien. Pouvoir d’achat, emploi, école, santé, eau, logement, mobilité, disparités territoriales : ce sont ces réalités qui détermineront progressivement la perception du nouveau gouvernement.

La question cessera donc assez vite d’être de savoir si une femme peut diriger le gouvernement marocain. Elle deviendra beaucoup plus exigeante : que change le gouvernement qu’elle dirige ?

Un autre chiffre oblige à poser cette question avec gravité. La participation aux législatives s’est établie à 38,02 %. Il serait hasardeux d’attribuer cette abstention à une cause unique : elle agrège des comportements, des territoires et des motivations différents. Mais elle rappelle une distinction essentielle. Les urnes produisent une légitimité institutionnelle ; elles ne produisent pas automatiquement la confiance.

Cette confiance se construit ensuite dans l’action.

Le prochain gouvernement devra pour cela faire tenir ensemble des temporalités qui ne coïncident pas. Les grandes transformations économiques, sociales et territoriales se mesurent parfois sur dix ou quinze ans. Le citoyen, lui, éprouve l’action publique dans un temps beaucoup plus court : le prix payé à la fin du mois, la qualité de l’école, l’accès à un médecin, le délai administratif, l’emploi trouvé ou attendu.

Tout l’enjeu sera de rapprocher ces deux horloges sans sacrifier l’une à l’autre.

Le numérique en ajoute une troisième. Une décision publique peut désormais être commentée avant d’avoir été expliquée, et une perception collective se former en quelques heures. Cela ne signifie pas qu’il faille gouverner au rythme des réseaux sociaux. Cela impose plutôt de mieux écouter, expliquer et mesurer la réception de l’action publique. La communication ne remplace jamais le résultat ; mais un résultat que personne ne comprend peut perdre une partie de sa portée politique.

Fatima Ezzahra El Mansouri prend ainsi la tête du gouvernement dans une situation plus complexe que ne le suggère la seule puissance de l’image. Son parti a remporté les élections sans disposer d’une majorité. Son expérience de l’État et du territoire constitue un capital, mais l’expose également au jugement sur les responsabilités déjà exercées. Et elle accède à la chefferie du gouvernement dans un Maroc qui ne part pas de zéro. Et c’est précisément parce que le pays s’est profondément transformé que les attentes envers l’action publique deviennent plus exigeantes.

Sa nomination ne clôt donc pas le cycle électoral. Elle ouvre le cycle gouvernemental.

Les prochaines semaines diront quelle majorité elle construira, quels équilibres elle retiendra et quelle méthode elle installera. Les mois et les années suivantes diront quelque chose de plus important : si le gouvernement parvient à rapprocher les grands projets de leurs effets concrets, Rabat des territoires, la décision de son exécution et le temps politique du temps social.

Il y a une photo pour l’histoire. Elle restera. Mais une photographie fixe un instant, elle ne raconte jamais ce qui vient après.

L’histoire retiendra que, le 29 septembre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri est devenue la première femme nommée cheffe du gouvernement du Maroc. La portée politique de cette journée se mesurera à autre chose : à la capacité de cette première à accompagner le Maroc de la construction vers la transformation.

 

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