Maroc : Fatima Ezahra El Mansouri, de la victoire électorale à l’épreuve du pouvoir

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain a d’abord imposé une image : pour la première fois, une femme accède à cette fonction dans le Royaume. Cinq jours après sa désignation parle roi Mohammed VI, l’enjeu se déplace déjà. Le symbole demeure, commence désormais la question plus difficile de l’exercice du pouvoir.
Le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête des législatives du 23 septembre avec 97 sièges sur 395, ne peut gouverner seul. Fatima Ezzahra El Mansouri, nommée le 29 septembre conformément à l’article 47 de la Constitution et chargée de former le gouvernement, a donc engagé des consultations avec les principales forces parlementaires.
De la victoire à la crédibilité
Cette négociation se déroule alors qu’une autre séquence politique s’est ouverte à Tanger. Une enquête concernant des bulletins électoraux a conduit à la mise en cause du maire de la ville, Mounir Laymouri. Le 2 octobre, la Commission nationale d’arbitrage et d’éthique du PAM a décidé de geler son adhésion à l’ensemble des structures du parti. La formation a pris soin de distinguer cette mesure disciplinaire de la procédure pénale et de rappeler la présomption d’innocence.
L’affaire doit être maintenue dans ses limites. Elle ne permet ni de mettre en cause l’ensemble des législatives ni d’établir un lien avec les négociations pour former le gouvernement. Mais sa proximité avec la victoire du PAM lui confère nécessairement une portée politique.
C’est ici que l’enchaînement devient plus important que chacun des événements pris séparément : victoire électorale, première historique à la tête du gouvernement, construction d’une majorité et, presque simultanément, traitement d’une affaire touchant à la régularité du vote dans une circonscription.
Le premier capital politique du nouveau pouvoir se construit donc autant dans l’arithmétique parlementaire que dans la manière dont seront traitées les interrogations apparues après le scrutin.
Deux horloges
Deux temporalités vont désormais coexister. La première est politique et extrêmement rapide. Les partis doivent décider s’ils participent au gouvernement, négocier un programme, répartir les responsabilités et constituer une majorité capable de durer.
La seconde est judiciaire. Elle obéit à d’autres règles et à un autre rythme. Elle doit établir les faits, déterminer les responsabilités éventuelles et respecter les droits des personnes concernées. Ces deux horloges ne doivent pas être confondues.
Une coalition peut être constituée en quelques jours. Une procédure judiciaire peut prendre des semaines ou davantage. La crédibilité institutionnelle dépendra précisément de la capacité à laisser chacune suivre son cours sans transformer la vitesse politique en conclusion judiciaire, ni une procédure locale en jugement général sur les élections.
La mesure prise par le PAM introduit déjà une distinction entre responsabilité partisane et responsabilité pénale. Sa portée dépendra moins de son annonce que de la manière dont cette séparation sera maintenue lorsque les procédures avanceront.
Au-delà des 198 sièges
La construction de la majorité constitue l’autre épreuve immédiate. Avec les 66 sièges du RNI et les 65 de l’Istiqlal, une alliance avec le PAM disposerait d’une majorité confortable. Mais le RNI a annoncé rejoindre les rangs de l’opposition. D’autres configurations restent cependant mathématiquement possibles. Surtout, une coalition ne se réduit pas à l’addition des groupes parlementaires.
Les consultations ont fait apparaître des priorités récurrentes : emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, développement territorial et protection sociale. Le prochain gouvernement devra également accompagner les grands investissements engagés par le Royaume et préparer les échéances internationales, notamment la Coupe du monde 2030.
Le véritable enjeu commence donc après la négociation des sièges : transformer une coalition en capacité d’exécution.
Dans un pays où la participation aux législatives s’est établie autour de 38 %, la majorité parlementaire ne suffira pas à elle seule à produire de la confiance. Celle-ci dépendra aussi des premiers résultats du gouvernement et de la lisibilité des institutions lorsque surgissent contestations et irrégularités présumées.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri restera un moment historique. Mais cette première ouvre immédiatement une seconde séquence, moins spectaculaire et probablement plus déterminante. Il faut désormais transformer une victoire en majorité, une majorité en action et les procédures institutionnelles en confiance publique.
Après le symbole commence l’épreuve du pouvoir.




