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	<title>Archives des prêches unifiés - Atlasinfo</title>
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		<title>Prêches unifiés au Maroc : ce que la controverse ne voit pas</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Oct 2026 08:14:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La controverse sur l’unification des prêches du vendredi au Maroc révèle un paradoxe : tandis que le débat se concentre sur la liberté des prédicateurs et les prérogatives de l’institution religieuse, il laisse dans l’ombre une transformation dont les implications pourraient être considérables. Depuis le lancement, le 5 juin 2024, du programme « Tasdid Attabligh » (rectification &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="font-size: 18pt;">La controverse sur l’unification des prêches du vendredi au Maroc révèle un paradoxe : tandis que le débat se concentre sur la liberté des prédicateurs et les prérogatives de l’institution religieuse, il laisse dans l’ombre une transformation dont les implications pourraient être considérables.</span></em></p>
<p>Depuis le lancement, le 5 juin 2024, du programme « Tasdid Attabligh » (rectification ou rationalisation de la transmission religieuse)<!--TgQPHd|||[]--> pour une « Vie Bonne » (<em class="zhvwWe" data-sfc-cp="" data-sfc-root="c" data-complete="true">Al-Hayat At-Tayyibah qui désigne, dans la tradition islamique, une vie saine et épanouie tant sur le plan sprituel que matériel)</em>, une succession de prêches élaborés dans un cadre commun dessine progressivement les contours d’un patrimoine intellectuel et pédagogique. Leur publication régulière ouvre une perspective qui dépasse largement la question de savoir qui rédige le sermon du vendredi : celle de la constitution d’une mémoire religieuse organisée, susceptible de renouveler durablement les conditions de transmission des connaissances et des valeurs.</p>
<h2>Au-delà de l’opposition entre liberté et encadrement</h2>
<p>Le 23 octobre 2026, dans son discours d’ouverture de la huitième assemblée générale nationale du Mouvement de l’unicité et de la réforme, à Bouznika, son président, Aous Rammal, a demandé une évaluation objective de Tasdid Attabligh, la révision du caractère obligatoire des prêches unifiés et le réexamen de décisions ayant écarté certains prédicateurs. Il a également plaidé pour une plus grande latitude permettant aux khatibs de répondre aux préoccupations de la société et aux questions de la communauté, notamment la Palestine et Jérusalem, dans le respect des règles religieuses et savantes. Ces interrogations méritent un examen sérieux. Elles ne sont d’ailleurs pas nouvelles. Mais réduire la réforme à une opposition entre liberté individuelle et encadrement institutionnel reviendrait à apprécier un projet éducatif à partir de ses seules modalités d’organisation.</p>
<p>La philosophie de Tasdid Attabligh repose sur une interrogation fondamentale : pourquoi une connaissance religieuse largement diffusée ne se traduit-elle pas toujours par des comportements conformes aux valeurs qu’elle enseigne ? Entre savoir que la probité constitue une exigence morale et agir avec probité, entre reconnaître la valeur de la solidarité et en faire une pratique effective, intervient un ensemble de déterminations psychologiques, économiques et sociales. La transmission d’un savoir ne produit pas mécaniquement l’adhésion, pas davantage que l’adhésion ne garantit l’action. La réforme entend contribuer à réduire cet écart en inscrivant la prédication dans une démarche éducative continue, sans pouvoir prétendre résoudre, à elle seule, les contradictions qui traversent la société.</p>
<p>L’unification des prêches participe de cette ambition structurelle. Elle ne constitue pas une parenthèse administrative, mais un instrument d’organisation de la transmission religieuse dans la durée. Son efficacité demeure une question empirique, distincte de la légitimité institutionnelle du dispositif.</p>
<h2>Du sermon hebdomadaire au patrimoine intellectuel</h2>
<p>L’aspect le plus novateur du programme réside peut-être dans une transformation encore insuffisamment étudiée : l’accumulation des prêches modifie progressivement la nature même de ce qui est produit. Un sermon isolé constitue une intervention circonstancielle ; une succession organisée de textes peut devenir un parcours de formation. Lorsque les questions de foi, de responsabilité, de justice, de probité ou de solidarité sont abordées dans un référentiel partagé, chaque prêche peut contribuer à une construction intellectuelle plus vaste, où les notions se répondent et les enseignements se prolongent.</p>
<p>Encore faut-il démontrer cette cohérence. Un corpus ne se définit pas uniquement par le nombre de documents qu’il rassemble, mais par son organisation, ses références, ses articulations conceptuelles et les possibilités qu’il offre à l’analyse. L’enjeu consiste désormais à étudier les continuités thématiques, les progressions pédagogiques, les complémentarités et les éventuelles lacunes, afin de déterminer si les textes forment véritablement une architecture éducative ou seulement une collection d’interventions successives. Cette distinction est essentielle : elle transforme une intuition prometteuse en objet de recherche scientifique.</p>
<p>Le prêche cesse alors d’être uniquement une parole prononcée dans un temps déterminé. Il devient également un document conservable, comparable et transmissible, susceptible de nourrir la formation des prédicateurs, la recherche universitaire et l’évaluation des politiques religieuses.</p>
<p>À l’heure de l’intelligence artificielle, cette évolution acquiert une dimension stratégique supplémentaire. Un corpus rigoureusement indexé pourrait permettre de cartographier les concepts, de rapprocher les références et d’identifier les continuités ou les ruptures pédagogiques. Une telle exploitation suppose cependant une gouvernance exigeante, garantissant la traçabilité des sources, la maîtrise des données et le contrôle des interprétations par les institutions savantes. La souveraineté informationnelle ne réside pas seulement dans la possession des archives, mais dans la capacité de les organiser, de les comprendre et d’en maîtriser les usages.</p>
<h2>L’unité du référentiel à l’épreuve des réalités sociales</h2>
<p>Cette ambition ne dispense nullement d’examiner les objections formulées contre l’unification. Les réalités d’une commune rurale, d’un quartier populaire ou d’une grande métropole ne se confondent pas, et l’efficacité d’un discours dépend aussi de sa capacité à rejoindre les préoccupations concrètes de ceux auxquels il s’adresse. La liberté du prédicateur engage ainsi une responsabilité intellectuelle et religieuse qui ne saurait être ramenée à une simple question de rédaction. Mais reconnaître cette diversité ne conduit pas nécessairement à conclure que la liberté intégrale de composition constitue la seule réponse possible. L’adaptation peut également intervenir dans les modalités d’explication, la qualité de la transmission orale, la formation des prédicateurs et les espaces d’accompagnement religieux, à condition que les marges effectivement reconnues à chacun soient clairement définies.</p>
<p>Dans le modèle marocain, fondé sur la Commanderie des croyants et la responsabilité des institutions savantes, la mosquée constitue un espace religieux commun dont la vocation ne peut être confondue avec les concurrences partisanes. Cette responsabilité institutionnelle n’exonère toutefois aucun dispositif de l’évaluation. La légitimité de l’autorité et l’efficacité de ses instruments relèvent de deux registres distincts : la première établit les compétences et les responsabilités, tandis que la seconde exige des observations, des comparaisons et des résultats vérifiables.</p>
<h2>Ce qui demeure après le vendredi</h2>
<p>C’est finalement sur le terrain de l’efficacité éducative que la réforme devra être appréciée. L’existence d’un corpus, même cohérent, ne prouve pas une transformation des comportements. Une évaluation rigoureuse devrait examiner la progression des contenus, leur compréhension par les fidèles, leur appropriation par les prédicateurs et leur capacité à rencontrer les préoccupations sociales. Elle devrait également identifier les limites éventuelles du dispositif, qu’il s’agisse de répétitions excessives, de difficultés d’adaptation ou d’un affaiblissement de l’engagement personnel des acteurs. Quant aux changements de comportement, ils doivent être étudiés avec prudence, sans attribuer mécaniquement à la prédication des évolutions qui dépendent de multiples facteurs.</p>
<p>La portée de Tasdid Attabligh apparaît ainsi dans l’articulation de trois temporalités : celle, immédiate, du prêche hebdomadaire ; celle, progressive, de l’apprentissage ; et celle, beaucoup plus longue, de la transformation éthique. C’est dans cette continuité que réside l’originalité potentielle du projet, davantage que dans la seule uniformisation des textes.</p>
<p>La controverse actuelle gagnerait donc à changer d’échelle. Elle ne devrait pas seulement interroger les conditions de rédaction des prêches, mais examiner la nature du patrimoine qu’ils constituent, la cohérence des connaissances qu’ils transmettent et les conditions dans lesquelles celles-ci peuvent devenir une force éducative. Car la véritable innovation d’une politique religieuse ne réside ni dans la répétition des mêmes paroles ni dans leur multiplication, mais dans sa capacité à transformer une succession d’enseignements en intelligence collective et, au-delà, en dispositions durables à agir.</p>
<p>La question décisive n’est donc pas seulement de savoir ce qui se dit dans les mosquées chaque vendredi, mais ce qui demeure de cette parole dans les consciences et les comportements durant les six autres jours de la semaine.</p>
<p>&nbsp;</p>
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