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	<title>IA &#8211; Atlasinfo</title>
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	<title>IA &#8211; Atlasinfo</title>
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	<item>
		<title>Donald Trump dénonce une « conspiration malsaine » contre l&#8217;IA</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Sep 2026 16:13:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le président américain, Donald Trump, a dénoncé lundi une "conspiration malsaine" contre l'Intelligence artificielle (IA), et rejeté les appels à plus de régulations pour cette technologie.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Le seul contrôle ou +garde-fou+ dont a besoin l&rsquo;IA est un PRESIDENT FORT ET INTELLIGENT (Q.I. élevé!) », a écrit le locataire de la Maison Blanche sur sa plateforme Truth Social.</p>
<p>Le président américain a rejeté à plusieurs reprises au cours de la semaine écoulée les mises en garde de dirigeants de la tech sur les « dangers » de l&rsquo;IA, estimant qu&rsquo;une réglementation trop stricte aux Etats-Unis donnerait l&rsquo;avantage à Pékin, engagée dans une course effrénée avec Washington pour dominer ce secteur hautement stratégique.</p>
<p>« Une CONSPIRATION MALSAINE est à l&rsquo;oeuvre contre l&rsquo;IA et les centres de données, et la seule qui s&rsquo;en réjouit, c&rsquo;est la Chine », a dénoncé le locataire de la Maison Blanche.</p>
<p>« CELUI QUI GAGNE LA COURSE À L&rsquo;IA GAGNE! Nous devançons la Chine et tous les autres, et nous continuerons à le faire », a-t-il ajouté, mettant en garde les « théoriciens du complot », les « traîtres » et les personnes à l&rsquo;origine de fuites dans la presse.</p>
<p>Le chef de l’exécutif américain a également critiqué le patron d&rsquo;Anthropic, Dario Amodei, qui a appelé au cours du weekend écoulé à ralentir le développement de l&rsquo;IA, une position soutenue par le patron d&rsquo;OpenAI, Sam Altman, et par l’homme d’affaires Elon Musk.</p>
<p>« L&rsquo;administration Trump a empêché les +gens+ de l&rsquo;IA de faire des +choses+ mauvaises, ou potentiellement mauvaises, comme Dario (Anthropic!), qui fait maintenant semblant d&rsquo;être un +parfait petit ange+ », a écrit Donald Trump.</p>
<p>Le président américain a affirmé dimanche à des journalistes qu&rsquo;il avait directement entendu des acteurs du secteur technologique la semaine précédente au sujet de la menace que pourrait représenter l&rsquo;IA.</p>
<p>Interrogé pour savoir s&rsquo;il minimisait leurs inquiétudes, il a répondu: « Non, nous ne les minimisons pas, mais vous savez, il y aura de loin plus de bien que de mal. »</p>
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		<title>Mawlid : quand l’intelligence artificielle reconfigure la transmission du religieux</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 09:56:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Un jeune Marocain interroge aujourd’hui une intelligence artificielle sur le Mawlid. Il veut comprendre pourquoi cette naissance est célébrée, ce qu’elle signifie et comment elle s’inscrit dans la tradition religieuse. En quelques secondes, une réponse apparaît. Mais quelle tradition juridique restitue-t-elle ? Quelle doctrine théologique mobilise-t-elle ? Quelle place accorde-t-elle aux différentes sensibilités de l’islam &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="font-size: 14pt;"><strong>Un jeune Marocain interroge aujourd’hui une intelligence artificielle sur le Mawlid. Il veut comprendre pourquoi cette naissance est célébrée, ce qu’elle signifie et comment elle s’inscrit dans la tradition religieuse. En quelques secondes, une réponse apparaît. Mais quelle tradition juridique restitue-t-elle ? Quelle doctrine théologique mobilise-t-elle ? Quelle place accorde-t-elle aux différentes sensibilités de l’islam ? Et surtout, sait-elle qu’elle répond à un Marocain ?</strong></span></em></p>
<p>Cette scène, devenue ordinaire, révèle un déplacement plus profond qu’il n’y paraît. Pendant longtemps, l’accès au savoir religieux passait par des médiateurs identifiés : le savant, l’imam, la famille, le livre, la mosquée, l’école, puis la radio et la télévision. Internet avait déjà bouleversé cette architecture en multipliant les producteurs de contenus et les voies d’accès au religieux. L’intelligence artificielle franchit une étape supplémentaire. Elle combine et reformule des informations issues de corpus dont l’utilisateur ne connaît généralement ni la composition ni la hiérarchie. Elle s’insère ainsi dans les circuits contemporains d’accès et de transmission du savoir.</p>
<p>Le Mawlid permet d’observer concrètement ce changement. Au Maroc, sa célébration mêle depuis longtemps religion, mémoire familiale, spiritualité et patrimoine. Dans les mosquées, elle s’accompagne de récitations coraniques, de louanges au Prophète et d’enseignements liés à la sîra. Dans les familles, elle se prolonge par les rencontres et les gestes de solidarité. À Salé, la procession des cierges inscrit cette mémoire dans la ville, entre artisans, chants, confréries et héritage urbain. Ailleurs, le madih, le samâa et les rassemblements soufis prolongent d’autres formes de transmission.</p>
<p>Cette diversité rappelle une évidence que le numérique peut facilement faire oublier : un héritage religieux ne se transmet jamais dans le vide. Il passe par des institutions, des langues, des pratiques, des mémoires et des histoires. Il est toujours situé.</p>
<p>Cette question devient particulièrement importante pour les Marocains établis à l’étranger. Un jeune né à Paris, Bruxelles, Amsterdam, Madrid ou Montréal peut découvrir le Mawlid à travers sa famille ou une mosquée, mais également par YouTube, TikTok, un moteur de recherche ou désormais un assistant conversationnel. Il évolue entre plusieurs langues, plusieurs environnements culturels et parfois plusieurs références religieuses. Une même question formulée en arabe, en français, en espagnol, en néerlandais ou en anglais peut conduire à des réponses nourries de contextes différents.</p>
<p>Le risque n’est donc pas seulement celui de l’erreur. Il est aussi celui de la standardisation. Une tradition historiquement située peut progressivement se dissoudre dans une réponse religieuse moyenne, construite à partir des contenus les plus disponibles ou les plus représentés dans l’environnement numérique.</p>
<p>Lorsqu’un utilisateur demande : « Peut-on célébrer le Mawlid ? », il n’accède pas directement à une source. Il reçoit une réponse produite à partir d’informations et de rapprochements dont les critères lui restent largement invisibles. Le problème n’est donc plus seulement de savoir si l’intelligence artificielle dit vrai ou faux. Il faut aussi comprendre comment elle construit ce qu’elle présente comme vrai.</p>
<p>Dans le domaine religieux, cette distinction est essentielle. Une phrase peut être exacte dans un contexte et trompeuse dans un autre. Une opinion minoritaire peut devenir, par l’assurance de la formulation, une position apparemment générale. Une nuance doctrinale peut disparaître. Une citation mal attribuée peut circuler avec l’apparence de l’autorité. L’intelligence artificielle formule bien et explique vite, mais la fluidité d’une réponse n’est pas une preuve. En matière religieuse, la rigueur de la source doit primer sur la qualité de la formulation.</p>
<h3><strong>Numérique et transmission religieuse</strong></h3>
<p>Cette exigence devient plus importante encore lorsque l’intelligence artificielle produit des voix, des images et des vidéos. Une voix clonée peut attribuer à un imam des paroles qu’il n’a jamais prononcées ; une citation inventée peut être présentée comme un hadith ; une image artificielle peut donner l’apparence documentaire à un événement qui n’a jamais existé. Le religieux entre ainsi dans un nouvel âge de la vraisemblance, alors même que la vraisemblance n’a jamais constitué une preuve.</p>
<p>Pour le Maroc, cette transformation constitue autant un défi qu’une possibilité.</p>
<p>Depuis plus de deux décennies, le numérique a progressivement trouvé sa place dans les dispositifs de transmission religieuse à travers les portails institutionnels, les contenus audiovisuels, les plateformes pédagogiques et les réseaux sociaux. Cette expérience a permis d’élargir considérablement les publics et de rapprocher les contenus religieux de générations dont les pratiques informationnelles avaient déjà changé.</p>
<p>L’intelligence artificielle oblige maintenant à franchir une nouvelle étape. Il ne suffit plus de produire des contenus numériques destinés aux hommes. Il faut également penser la manière dont ces contenus seront identifiés, interprétés et restitués par les machines.</p>
<p>Une institution peut disposer de textes validés, d’archives, d’avis religieux, d’enseignements et de ressources audiovisuelles considérables. Si ces contenus restent dispersés, insuffisamment contextualisés ou difficilement identifiables par les systèmes d’intelligence artificielle, ils peuvent devenir paradoxalement moins visibles au moment même où l’accès au savoir devient plus facile.</p>
<p>Hier, l’enjeu consistait principalement à produire une parole de référence et à organiser sa diffusion. Aujourd’hui, il faut également organiser les conditions de son accessibilité numérique.</p>
<p>Cela suppose de penser progressivement des corpus documentés, structurés et multilingues permettant d’identifier l’auteur, la date, le statut et le contexte d’un contenu, mais aussi de distinguer clairement un texte de référence, un avis religieux, un commentaire savant, une archive ou une interprétation contemporaine. Pour les Marocains du monde, cette exigence linguistique devient déterminante : une transmission pensée uniquement dans la langue de la source risque de ne plus atteindre ceux qui cherchent désormais leurs réponses dans la langue de leur vie quotidienne.</p>
<p>Il ne s’agit pourtant pas de construire une intelligence artificielle qui se substituerait au savant, ni de transférer à la machine l’autorité des oulémas et des institutions. Le véritable enjeu est ailleurs : créer un environnement numérique dans lequel l’intelligence artificielle puisse conduire plus sûrement vers les sources établies plutôt que produire une autorité nouvelle à partir de la seule vraisemblance statistique.</p>
<p>Cette évolution suppose aussi une culture nouvelle de la vérification. Retrouver une source, identifier son auteur, vérifier sa date, distinguer un texte de son commentaire ou une position doctrinale d’une opinion deviennent des compétences indispensables. Ce que la tradition savante enseignait depuis longtemps comme prudence intellectuelle devient, à l’âge de l’IA, une compétence numérique.</p>
<p>Le Mawlid nous rappelle finalement qu’une tradition vivante n’est pas une mémoire immobile. Chaque génération reçoit un héritage dans un monde qui n’est déjà plus celui de la génération précédente. Le manuscrit, l’imprimerie, la radio, la télévision puis Internet ont successivement transformé les conditions de la transmission sans faire disparaître la question de l’autorité.</p>
<p>L’intelligence artificielle introduit aujourd’hui un déplacement supplémentaire. Elle ne fait pas nécessairement disparaître l’autorité religieuse ; elle transforme le chemin qui conduit jusqu’à elle.</p>
<p>Pour les Marocains du monde, ce déplacement est particulièrement décisif : préserver une continuité sans se couper des sociétés dans lesquelles ils vivent, transmettre une référence sans fabriquer un entre-soi, maintenir un lien avec le Maroc sans figer l’identité. L’intelligence artificielle peut contribuer à rapprocher les sources, les langues et les générations. Elle peut également accentuer leur éloignement si nous abandonnons à la seule logique des plateformes l’organisation de l’accès au savoir.</p>
<p>Le jeune Marocain qui posera demain une question religieuse, qu’il vive à Rabat, Paris, Bruxelles ou Montréal, ne commencera peut-être plus par ouvrir un livre, appeler un imam ou consulter une institution. Il interrogera une machine.</p>
<p>La question essentielle ne sera alors plus seulement de savoir ce que l’intelligence artificielle doit répondre, mais qui aura organisé les conditions lui permettant de répondre justement.</p>
<p>À l’âge de l’intelligence artificielle, préserver un héritage ne consiste donc plus seulement à le conserver ou à le diffuser. Il faut aussi lui donner les conditions de rester identifiable, intelligible et accessible dans les nouveaux espaces où se construit désormais une partie de notre rapport au savoir.</p>
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		<title>L’IA, le ʿâlim et l’imam-prédicateur : qui organisera demain l’accès au religieux marocain ?</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Aug 2026 14:51:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Un Marocain interroge aujourd’hui une intelligence artificielle sur une question religieuse. En quelques secondes, il obtient une réponse claire, argumentée, parfois accompagnée de références. Mais sait-il selon quelle école juridique elle lui répond ? Quelle doctrine théologique elle mobilise ? Quelle tradition spirituelle elle restitue ? Et surtout : l’IA sait-elle qu’elle répond à un &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Un Marocain interroge aujourd’hui une intelligence artificielle sur une question religieuse. En quelques secondes, il obtient une réponse claire, argumentée, parfois accompagnée de références. Mais sait-il selon quelle école juridique elle lui répond ? Quelle doctrine théologique elle mobilise ? Quelle tradition spirituelle elle restitue ? Et surtout : l’IA sait-elle qu’elle répond à un Marocain ?</strong></h4>
<p>Cette scène, désormais ordinaire, annonce une transformation beaucoup plus profonde que la numérisation du religieux.</p>
<p>Pendant des siècles, l’accès au savoir passait par des médiateurs identifiés : le ʿâlim, l’imam-prédicateur, les institutions, le livre, l’enseignement. Les réseaux sociaux avaient déjà perturbé cette architecture en multipliant les producteurs de contenus. L’intelligence artificielle franchit une étape supplémentaire : elle ne se contente plus de diffuser. Elle sélectionne, rapproche, synthétise et formule elle-même la réponse. Elle entre dans le circuit de production du sens.</p>
<p>Le problème n’est donc pas de savoir si elle remplacera le ʿâlim (savant) ou l’imam. Il est de savoir comment préserver la qualité et la responsabilité de la transmission lorsque l’interface devient le premier point d’accès au religieux.</p>
<p>Pour le Maroc, la question est particulièrement importante. Le référentiel religieux national s’est constitué dans la durée autour de constantes connues : Commanderie des croyants, rite malékite, dogme acharite et tradition spirituelle sunnite dans la voie de Junayd, dans un esprit de juste milieu. Ce système ne juxtapose pas des références. Il organise un équilibre entre autorité, jurisprudence, croyance, spiritualité et vie collective.</p>
<p>Une IA généraliste peut connaître chacun de ces termes sans comprendre l’architecture qui les relie.</p>
<p>Elle peut produire une réponse juridiquement recevable dans une autre école mais étrangère à la pratique marocaine ; présenter une divergence comme une contradiction ; confondre orientation spirituelle et prescription juridique ; ou privilégier simplement les contenus les plus abondants dans ses données.</p>
<p>Il n’y a là aucune intention de transformer le religieux. Le risque vient précisément du fonctionnement statistique de ces systèmes : ce qui est le plus disponible n’est pas nécessairement ce qui fait référence.</p>
<p>Dès lors, le premier enjeu n’est pas de créer un « imam artificiel ». Il est de rendre le référentiel marocain intelligible aux nouvelles architectures de connaissance.</p>
<p>Cela commence par les corpus. Le Maroc dispose d’un patrimoine considérable : Coran, hadith, fiqh malékite, productions des oulémas, enseignements, prêches, avis, archives, publications institutionnelles, ressources audiovisuelles. Mais la numérisation ne suffit plus.</p>
<p>Un document destiné à entrer dans l’environnement de l’IA doit être authentifié, daté, attribué, contextualisé, relié à ses sources et situé dans son niveau d’autorité. Les erreurs doivent être corrigées, les doublons identifiés, les différentes versions documentées.</p>
<p>Il faut surtout préserver la pluralité au lieu de la laisser disparaître dans la synthèse algorithmique. Une position malékite doit être identifiable comme telle ; une autre école doit rester identifiable comme autre école ; une divergence doit demeurer visible ; une question ouverte ne doit pas devenir artificiellement certaine.</p>
<blockquote><p><strong>L’IA doit pouvoir savoir non seulement ce qu’elle répond, mais d’où elle répond et jusqu’où elle peut répondre.</strong></p></blockquote>
<p>Cette transformation concerne également la production officielle. Un sermon, une intervention savante, une réponse institutionnelle ou une vidéo ne sont plus seulement des contenus destinés au public. Ils deviennent des données susceptibles d’être indexées, citées, fragmentées et reformulées par des machines.</p>
<p>Produire officiellement signifie donc désormais produire aussi pour la traçabilité : sources identifiées, contenus structurés, cohérence terminologique, contexte et actualisation.</p>
<p>C’est une mutation importante de la fonction institutionnelle : passer de la production de contenus à la production d’une connaissance qualifiée.</p>
<p>Mais le problème ne s’arrête pas là. On pourrait construire le meilleur corpus religieux marocain et constater malgré tout que les grandes intelligences artificielles mondiales l’utilisent peu ou pas.</p>
<blockquote><p><strong>C’est le véritable point de friction. </strong><strong>La souveraineté documentaire ne garantit pas la présence algorithmique.</strong></p></blockquote>
<p>Il faudra donc simultanément structurer le référentiel et observer comment les systèmes mondiaux le restituent : que répondent-ils sur le malékisme marocain ? Comment décrivent-ils l’acharisme, la spiritualité ou la Commanderie des croyants ? Quelles sources privilégient-ils ? Quelles erreurs persistent ? Que changent les nouvelles versions des modèles ?</p>
<p>Cette veille constitue une fonction nouvelle des institutions de référence : observer non les croyants, mais les représentations que les machines construisent du religieux marocain.</p>
<p>Les réseaux sociaux institutionnels participent eux aussi à cette intelligence de la transmission. Leur intérêt ne réside plus uniquement dans les audiences. Les questions, les incompréhensions, les sujets émergents et les évolutions du vocabulaire constituent des signaux sur les transformations du rapport au religieux.</p>
<p>Cette observation devient encore plus importante pour les Marocains du monde.</p>
<p>Une personne vivant à Bruxelles, Madrid, Paris ou Montréal conserve un lien avec le référentiel marocain tout en évoluant dans un autre environnement juridique, culturel, linguistique et religieux. L’IA peut devenir un puissant instrument de continuité si elle sait articuler ces deux réalités plutôt que reproduire mécaniquement une réponse conçue dans un seul contexte.</p>
<p>Reste la question décisive de l’humain.</p>
<p>La vigilance ne signifie pas placer un ʿâlim derrière chaque réponse produite par une machine. Ce serait impossible et inutile.</p>
<p>Elle doit être graduée.</p>
<p>Une information stable et sourcée peut être automatisée. Une ambiguïté appelle vérification. Une question nécessitant interprétation ou contextualisation doit remonter vers le spécialiste. Ce qui engage une situation personnelle complexe, une orientation spirituelle ou le référentiel collectif doit rester sous responsabilité humaine ou institutionnelle.</p>
<blockquote><p><strong>L’IA recherche, rapproche, traduit, détecte et propose. Le ʿâlim qualifie et interprète ; l’imam-prédicateur contextualise, transmet et accompagne ; l’institution garantit ; l’humain assume.</strong></p></blockquote>
<p>Cette répartition n’affaiblit pas leur rôle. Elle le déplace vers les fonctions où leur valeur est irremplaçable.</p>
<p>Et il faut déjà regarder plus loin. Aujourd’hui, une IA répond à une question. Demain, des agents connaîtront l’historique des échanges, la langue, le contexte et les interrogations récurrentes d’un utilisateur. Ils pourront suggérer des contenus et entretenir une relation continue.</p>
<p>Le problème ne sera alors plus seulement la conformité d’une réponse. Il faudra mesurer le rapport au religieux que l’algorithme contribue progressivement à construire. C’est la prochaine frontière.</p>
<p>Le défi marocain n’est donc plus de numériser sa tradition ni même seulement de développer des outils d’IA. Il est de construire une capacité durable : corpus qualifiés, production officielle structurée, observation des usages et des modèles, contextualisation pour les Marocains du monde, vigilance humaine graduée et correction permanente.</p>
<p>La question n’est plus de savoir si le religieux entrera dans l’âge de l’intelligence artificielle. Il y est déjà. La question est de savoir si le Maroc organisera lui-même les conditions numériques de transmission de son référentiel ou s’il découvrira, demain, que des systèmes conçus ailleurs sont devenus, par leur seule facilité d’accès, les premiers interprètes de ce qu’il n’aura pas suffisamment rendu intelligible.</p>
<p>Dans l’âge algorithmique, préserver un référentiel ne suffit plus. Il faut aussi maîtriser les conditions de son intelligibilité, de sa transmission et de sa vigilance.</p>
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		<title>Mohammed VI, un règne du sens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 08:08:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le 30 juillet 1999, un roi de trente-cinq ans recevait l&#8217;allégeance à Rabat, une semaine après la mort de son père. Vingt-sept ans plus tard, le Maroc célèbre la Fête du Trône, et l&#8217;exercice du bilan reprend ses droits : un port devenu le premier de Méditerranée pour le trafic de conteneurs, une ligne à &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em><span style="font-size: 14pt;"><strong>Le 30 juillet 1999, un roi de trente-cinq ans recevait l&rsquo;allégeance à Rabat, une semaine après la mort de son père. Vingt-sept ans plus tard, le Maroc célèbre la Fête du Trône, et l&rsquo;exercice du bilan reprend ses droits : un port devenu le premier de Méditerranée pour le trafic de conteneurs, une ligne à grande vitesse, des chantiers structurants qui se comptent en milliards de dirhams&#8230; Tout cela est exact. Tout cela passe pourtant à côté de l&rsquo;essentiel.</strong></span></em></p>
<p>Car ce que ce règne a construit de plus durable ne se photographie pas. Le roi Mohammed VI a gouverné le sens avant de bâtir des infrastructures. Gouverner le sens, c&rsquo;est décider en dernier ressort de ce que les mots, les textes et les appartenances veulent dire. La clé de cette singularité porte un nom ancien : la Commanderie des croyants. Cette institution qui fait du roi le garant de l&rsquo;interprétation légitime. Là où tant d&rsquo;États ont abandonné le terrain religieux aux entrepreneurs de colère ou cru le neutraliser en le privatisant, le Maroc en a fait une fonction de souveraineté. Ce choix n&rsquo;était écrit nulle part. Il fut une décision de règne — et il éclaire jusqu&rsquo;à l&rsquo;époque qui s&rsquo;ouvre, celle des machines à produire du discours.</p>
<p>On l&rsquo;a vu après les attentats de Casablanca, le 16 mai 2003, qui firent trente-trois victimes en une soirée. La réponse marocaine ne s&rsquo;est pas limitée à la sécurité, même si la fermeté fut immédiate. Deux semaines après les attaques, le roi fixait le cap dans un discours à la nation.Dans les années qui suivirent, une doctrine prit forme, que Rabat nomma la sécurité spirituelle. Le champ religieux fut restructuré en profondeur : réorganisation du Conseil supérieur des oulémas, encadrement de la fatwa, refonte de la formation des imams — et, innovation remarquée, celle des morchidates, ces prédicatrices formées par l&rsquo;État. L&rsquo;Institut Mohammed VI de Rabat accueille aujourd&rsquo;hui des centaines d&rsquo;imams venus du Mali, du Tchad, de Côte d&rsquo;Ivoire, du Niger, du Sénégal, de Gambie et de Guinée. Le Royaume n&rsquo;a pas seulement protégé son territoire, il a repris la main sur ce que les textes veulent dire et il en partage la méthode.</p>
<p>La même logique traverse les grandes réformes intérieures. Le code de la famille, annoncé par le roi devant le Parlement dès l&rsquo;automne 2003 et adopté en 2004 au terme d&rsquo;un débat de société de plusieurs années, n&rsquo;a pas été énoncé comme une concession à un modèle extérieur. Il a été formulé dans la langue du droit musulman, par un Commandeur des croyants arbitrant entre ses oulémas et sa société. C&rsquo;est ce qui l&rsquo;a enraciné là où tant de réformes, ailleurs, sont restées lettre morte. L&rsquo;Instance Équité et Réconciliation, créée la même année pour solder les années de plomb, a fait autre chose qu&rsquo;indemniser des victimes : elle a dit le passé, publiquement, dans un exercice que peu de pays ont osé. Dire le passé est encore une opération de sens.</p>
<p>La Constitution de 2011 a prolongé ce travail d&rsquo;écriture de soi. Son préambule inscrit dans le texte fondamental une unité « forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie », nourrie de « ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». L&rsquo;amazighe y devient langue officielle aux côtés de l&rsquo;arabe. La régionalisation avancée, principe d&rsquo;organisation du Royaume. Un pays qui écrit ce qu&rsquo;il est, dans sa pluralité assumée, n&rsquo;a pas besoin qu&rsquo;on le lui dicte.</p>
<p>C&rsquo;est aussi à cette lumière qu&rsquo;il faut lire la séquence diplomatique qui vient de s&rsquo;écrire. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité sans aucune voix contre, consacre le plan d&rsquo;autonomie marocain comme la base du règlement du différend du Sahara — dix-huit ans après que Rabat l&rsquo;eut déposé sur la table des Nations unies. Rien n&rsquo;est clos : les négociations restent devant. Mais l&rsquo;essentiel a changé de camp. Pendant cinquante ans, la bataille a porté sur les mots : décolonisation ou parachèvement de l&rsquo;intégrité territoriale, référendum ou autonomie. Le Maroc a gagné le jour où le vocabulaire du Conseil de sécurité est devenu le sien. Les diplomaties qui durent sont celles qui imposent leur grammaire, et une grammaire ne s&rsquo;impose ni par la force ni par la seule patience : elle s&rsquo;impose quand elle décrit le réel mieux que celle d&rsquo;en face.</p>
<p>Même chose sur le continent. Le retour dans l&rsquo;Union africaine en 2017, après trente-trois ans d&rsquo;absence, ne fut pas qu&rsquo;un retour de capitaux — le Maroc est devenu le deuxième investisseur africain du continent — mais un retour de récit : celui d&rsquo;une profondeur africaine assumée, adossée à des liens spirituels séculaires que la formation des cadres religieux vient prolonger. L&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas, pour Rabat, un marché, elle est une appartenance.</p>
<p>Reste l&rsquo;épreuve qui vient. L&rsquo;intelligence artificielle est une industrie du sens. Des machines qui produisent du discours, de l&rsquo;interprétation, de la définition, à une échelle jamais vue, dans des langues et selon des références décidées ailleurs. Les nations sans architecture propre recevront leurs récits comme elles reçoivent leurs semi-conducteurs — de l&rsquo;extérieur, au prix fixé par d&rsquo;autres. La doctrine ne dispense pas des capacités : calcul, données, modèles restent à bâtir ou à négocier. Mais les outils se rattrapent plus vite que les doctrines ne s&rsquo;inventent. Or un État qui fait, depuis vingt-sept ans, de l&rsquo;interprétation une affaire de souveraineté n&rsquo;aborde pas cette ère en terrain inconnu. Ce qui fut construit pour le champ religieux — former, encadrer, qualifier, plutôt que subir ou interdire — dessine une méthode pour le champ cognitif tout entier.</p>
<p>Le trentième anniversaire de ce règne se célébrera dans un monde saturé de discours produits par des machines. Le Maroc y parviendra avec une avance que les bilans chiffrés ne mesurent pas. Il a appris, avant beaucoup, que la souveraineté commence par le sens.</p>
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		<title>#Série : Gouverner le sens à l&#8217;ère de l&#8217;intelligence artificielle</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Jul 2026 12:49:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L&#8217;intelligence artificielle est généralement abordée sous l&#8217;angle de la technologie, de l&#8217;innovation ou de la régulation. Plus rarement est posée une question pourtant décisive : qui gouverne le sens dans un monde où les algorithmes deviennent les principaux intermédiaires de la connaissance ? Cette série propose une réflexion sur cette mutation à partir de l&#8217;expérience &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>L&rsquo;intelligence artificielle est généralement abordée sous l&rsquo;angle de la technologie, de l&rsquo;innovation ou de la régulation. Plus rarement est posée une question pourtant décisive : qui gouverne le sens dans un monde où les algorithmes deviennent les principaux intermédiaires de la connaissance ?</strong></h3>
<p>Cette série propose une réflexion sur cette mutation à partir de l&rsquo;expérience marocaine. Elle défend une thèse simple : le véritable enjeu de l&rsquo;intelligence artificielle n&rsquo;est pas seulement la maîtrise des infrastructures numériques, mais la capacité des institutions à préserver leur fonction de médiation, de transmission et de production de sens.</p>
<p>Au fil d&rsquo;une série de textes, cette réflexion développera progressivement le concept de gouvernance du sens, en montrant comment le Maroc a construit, depuis plus de vingt ans, un modèle original fondé sur la continuité institutionnelle, l&rsquo;unité de la référence religieuse et la souveraineté numérique. Chaque texte peut être lu indépendamment. Ensemble, ils constituent les chapitres d&rsquo;un même essai consacré à une question appelée à devenir centrale au XXIᵉ siècle : la souveraineté cognitive.</p>
<h3><strong>Texte n°1 — Qui gouverne le sens ?</strong></h3>
<p>Il est des révolutions dont on mesure immédiatement les effets. D&rsquo;autres transforment plus discrètement les fondements mêmes de nos sociétés. L&rsquo;intelligence artificielle générative appartient à cette seconde catégorie. En quelques années, elle est devenue un interlocuteur quotidien pour des centaines de millions de personnes. On l&rsquo;interroge sur la santé, le droit, l&rsquo;histoire, l&rsquo;éducation, mais aussi sur la religion, la morale ou les choix de vie. Une nouvelle médiation s&rsquo;est installée entre le citoyen et le savoir.</p>
<p>Cette évolution est souvent présentée comme une avancée technologique. Elle est en réalité une mutation beaucoup plus profonde. Car lorsqu&rsquo;un algorithme répond à une question, il ne se contente pas de restituer une information : il sélectionne, hiérarchise, reformule et organise un discours qui sera souvent reçu comme une réponse d&rsquo;autorité. La question fondamentale n&rsquo;est donc plus seulement de savoir si cette réponse est exacte. Elle est de déterminer qui en garantit le sens. C&rsquo;est la question de la souveraineté cognitive.</p>
<p>Pendant des siècles, la transmission des connaissances s&rsquo;est appuyée sur des institutions. L&rsquo;école, l&rsquo;université, les académies, les bibliothèques, les églises ou les mosquées n&rsquo;étaient pas de simples lieux de diffusion du savoir. Elles en assuraient la cohérence, la continuité et la légitimité. La connaissance ne circulait pas seule ; elle était portée par des communautés, des méthodes et des responsabilités.</p>
<p>L&rsquo;intelligence artificielle modifie profondément cet équilibre. Pour la première fois dans l&rsquo;histoire, un système technique peut produire instantanément une réponse argumentée, sans appartenir à une institution, sans porter de responsabilité et sans s&rsquo;inscrire dans une tradition intellectuelle. Il devient ainsi un médiateur universel, mais un médiateur sans mémoire institutionnelle.</p>
<p>Cette situation oblige à distinguer deux réalités que notre époque tend à confondre : l&rsquo;information et le sens.</p>
<p>L&rsquo;information peut être produite, copiée et diffusée à une vitesse inédite. Le sens, lui, ne se réduit jamais à un ensemble de données. Il suppose un contexte, une interprétation, une hiérarchie des références et une responsabilité dans la transmission. C&rsquo;est précisément cette différence que le philosophe Régis Debray avait mise en lumière en distinguant la communication, qui transporte des informations dans l&rsquo;espace, de la transmission, qui fait vivre une civilisation dans le temps.</p>
<p>Cette intuition rejoint une idée formulée plusieurs siècles auparavant par Ibn Khaldoun. Pour lui, les idées ne survivent pas par leur seule force intellectuelle. Elles traversent les générations parce qu&rsquo;elles sont portées par un ʿumrān, c&rsquo;est-à-dire un ensemble d&rsquo;institutions, de pratiques, de maîtres et de disciples qui assurent leur continuité. Une civilisation ne se maintient pas grâce à ses textes uniquement ; elle se maintient grâce aux institutions qui les interprètent et les transmettent.</p>
<p>Cette double lecture permet de comprendre que la véritable question posée par l&rsquo;intelligence artificielle n&rsquo;est pas technologique. Elle est institutionnelle. Qui demeure responsable de la transmission lorsque les principaux intermédiaires deviennent des algorithmes ? Qui garantit la continuité d&rsquo;une tradition lorsque les réponses sont produites par des modèles statistiques entraînés sur des milliards de documents ?</p>
<p>La réponse à cette question déterminera une grande partie des équilibres intellectuels et culturels du XXIᵉ siècle.</p>
<p>Nous sommes en effet entrés dans une nouvelle forme de compétition internationale. Longtemps, les États ont cherché à maîtriser leurs territoires, leurs ressources naturelles ou leurs infrastructures critiques. Aujourd&rsquo;hui, un autre enjeu apparaît : la maîtrise des univers de sens. Les modèles d&rsquo;intelligence artificielle apprennent à partir des corpus qui leur sont fournis. Ces corpus reflètent des langues, des références, des priorités culturelles et des visions du monde. Aucune intelligence artificielle n&rsquo;est culturellement neutre ; chacune reproduit, consciemment ou non, les équilibres présents dans les données qui l&rsquo;ont façonnée.</p>
<p>Dans ce contexte, la souveraineté ne peut plus être pensée uniquement comme une question de serveurs, de réseaux ou de puissance de calcul. Elle devient aussi une question de capacité à produire, protéger et transmettre un univers de références propre. Autrement dit, une souveraineté cognitive.</p>
<p>C&rsquo;est précisément dans cette perspective que l&rsquo;expérience marocaine mérite d&rsquo;être examinée. Depuis plus de vingt ans, le Royaume a conduit une transformation numérique profonde de son institution religieuse. Cette évolution est souvent décrite à travers ses plateformes, ses services numériques ou ses outils de communication. Pourtant, son apport essentiel réside ailleurs. Le numérique n&rsquo;y a jamais été conçu comme un substitut aux institutions, mais comme un prolongement de leur mission.</p>
<p>Cette distinction est fondamentale. Une institution qui délègue entièrement la production du savoir à la technologie finit par perdre sa fonction de médiation. À l&rsquo;inverse, une institution qui met la technologie au service de sa mission renforce sa capacité de transmission. Le numérique devient alors un instrument de continuité plutôt qu&rsquo;un facteur de rupture.</p>
<p>C&rsquo;est cette logique que je propose d&rsquo;appeler la gouvernance du sens : la capacité d&rsquo;une institution à demeurer l&rsquo;autorité légitime de transmission d&rsquo;un patrimoine intellectuel et spirituel tout en intégrant les technologies de son époque.</p>
<p>Loin d&rsquo;opposer tradition et innovation, cette approche les articule. Elle rappelle que la question décisive n&rsquo;est pas de savoir si les institutions doivent utiliser l&rsquo;intelligence artificielle, mais comment elles peuvent continuer à gouverner le sens dans un monde où les algorithmes deviennent les principaux intermédiaires de la connaissance.</p>
<p>Le débat sur l&rsquo;intelligence artificielle ne fait que commencer. Pourtant, une certitude s&rsquo;impose déjà. Les puissances du XXIᵉ siècle ne seront pas seulement celles qui posséderont les modèles les plus puissants. Elles seront celles dont les institutions demeureront capables de produire, de transmettre et de légitimer le sens. Car une civilisation ne s&rsquo;éteint pas quand elle perd ses outils — elle s&rsquo;éteint quand elle cesse d&rsquo;interpréter elle-même le monde.</p>
<p>Le prochain texte montrera que cette gouvernance du sens ne relève pas d&rsquo;une intuition. Elle peut être définie comme un concept, fondé à la fois sur une réflexion théorique et sur une expérience institutionnelle. C&rsquo;est à cette construction intellectuelle qu&rsquo;est consacré le deuxième volet de cette série.</p>
<p><strong>*Le fil de la série— La gouvernance du sens : capacité d&rsquo;une institution à demeurer l&rsquo;autorité légitime de transmission d&rsquo;un patrimoine intellectuel et spirituel tout en intégrant les technologies de son époque. </strong></p>
<p><strong><em>Série proposée par Hakim El Ghissassi</em></strong></p>
<p><strong>À suivre : Texte n°2 — «La gouvernance du sens : de Régis Debray à Ibn Khaldoun».</strong></p>
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		<title>Gouverner le sens à l&#8217;ère de l&#8217;IA : le Maroc comme laboratoire d&#8217;une souveraineté définitionnelle</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Jul 2026 14:06:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Du Forum arabe de l'administration publique à une vision marocaine pour une gouvernance du sens
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans une ère où l&rsquo;intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos outils, mais reconfigure profondément notre rapport à la réalité et au sens collectif. Les algorithmes fragmentent l&rsquo;espace public, captent l&rsquo;attention et fragilisent parfois la confiance dans les institutions. Dès lors, la question essentielle dépasse le seul champ technique : comment gouverner le sens lui-même ? Comment produire, protéger et faire circuler un sens légitime, ancré dans nos valeurs et nos réalités vécues ?</p>
<p>Par sa position de carrefour civilisationnel, la richesse de son héritage et la cohérence de ses réformes, le Maroc dispose d&rsquo;atouts uniques pour devenir un laboratoire de ce que l&rsquo;on peut appeler une souveraineté définitionnelle. Le troisième Forum arabe de l&rsquo;administration publique, organisé à Rabat les 30 juin et 1er juillet 2026, en offre une illustration concrète et encourageante.</p>
<h2><strong>Le Forum arabe de l&rsquo;administration publique : une avancée notable, un horizon à élargir</strong></h2>
<p>Co-organisé par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l&rsquo;administration et l&rsquo;ESCWA, cet événement s&rsquo;est tenu sous le thème « Innovation en matière de gouvernance pour une administration publique prête pour l&rsquo;avenir ». Il s&rsquo;est conclu par l&rsquo;adoption de la Déclaration de Rabat, destinée à servir de cadre de référence pour les réformes administratives dans la région arabe.</p>
<p>La ministre Amal El Fallah Seghrouchni y a rappelé que l&rsquo;administration publique doit être placée au cœur des processus de développement, afin de renforcer la confiance des citoyens et de rapprocher les services publics. Les travaux ont été structurés autour de quatre piliers principaux : innovation institutionnelle et organisationnelle, gouvernance numérique et fondée sur les données, capital humain et leadership pour l&rsquo;innovation, ainsi que gouvernance anticipatoire et participative.</p>
<p>Cette dynamique témoigne d&rsquo;une réelle maturité collective et d&rsquo;une volonté d&rsquo;innovation partagée. Elle souligne l&rsquo;importance de la coopération Sud-Sud et de l&rsquo;ancrage durable des réformes. Pourtant, un angle mort subsiste : la question centrale du sens. On évoque abondamment l&rsquo;efficacité, les données et la participation, mais la production et la régulation délibérée du sens collectif dans un environnement algorithmique restent encore trop discrètes.</p>
<p>C&rsquo;est précisément sur ce terrain que le Maroc peut apporter une contribution originale et décisive.</p>
<h2><strong>Le modèle marocain : une infrastructure au service du sens</strong></h2>
<p>Le Royaume ne part pas de zéro. Le Registre social unifié, l&rsquo;Approche Nationale du Soutien Social, la déconcentration administrative, la régionalisation avancée et la stratégie Maroc Digital 2030 constituent une infrastructure cohérente. Au-delà de la simple performance technique, ces chantiers permettent de replacer la dignité du citoyen et la cohésion sociale au centre de l&rsquo;action publique.</p>
<p>Dans ce cadre, la pensée complexe d&rsquo;Edgar Morin — avec son insistance sur les articulations dialogiques entre tradition et modernité, local et global — trouve un terrain d&rsquo;application particulièrement fertile. Le Maroc n&rsquo;est pas contraint de choisir : il peut synthétiser.</p>
<h2><strong>Souveraineté définitionnelle : une ressource civilisationnelle vivante</strong></h2>
<p>La souveraineté définitionnelle ne se limite pas à la maîtrise des infrastructures ou des données. Elle renvoie à une capacité plus fondamentale : celle de définir collectivement les notions essentielles — dignité humaine, justice, bien commun, consentement — avant qu&rsquo;elles ne soient reconfigurées par des systèmes exogènes.</p>
<p>La tradition islamique offre ici des ressources conceptuelles d&rsquo;une grande actualité. La notion de maslaha (intérêt public supérieur) et l&rsquo;attention portée à la préservation de l&rsquo;essence humaine permettent d&rsquo;inscrire le développement technologique dans une finalité éthique claire. L&rsquo;image d&rsquo;une « Mosquée numérique » évoque ainsi un espace protégé où la technologie reste au service de l&rsquo;élévation humaine et collective.</p>
<p>La souveraineté linguistique — sur l&rsquo;arabe, le darija et l&rsquo;amazigh — constitue l&rsquo;un des premiers fronts concrets de cette bataille du sens.</p>
<h2><strong>Un positionnement géostratégique à consolider</strong></h2>
<p>À l&rsquo;heure où les rapports de puissance se jouent aussi autour des chokepoints narratifs et data, le Maroc peut aspirer à un rôle singulier : celui d&rsquo;un hub du sens pour l&rsquo;Afrique et le monde arabe. Un lieu où se forgent des approches hybrides, respectueuses des identités tout en étant ouvertes sur l&rsquo;universel.</p>
<p>La Déclaration de Rabat appelle à renforcer la coopération régionale et à ancrer les innovations dans la durée. Le Maroc a la capacité d&rsquo;y apporter une dimension supplémentaire : faire de la gouvernance du sens un bien public régional, à la croisée de l&rsquo;innovation et de la profondeur civilisationnelle.</p>
<h2><strong>Un choix structurant pour l&rsquo;avenir</strong></h2>
<p>Le Forum de Rabat marque une étape importante. Il nous invite surtout à franchir un cap qualitatif : placer pleinement la question du sens au cœur de la gouvernance publique et numérique.</p>
<p>Face à l&rsquo;accélération algorithmique, deux trajectoires se dessinent : subir des cadres de sens produits ailleurs, ou élaborer un modèle souverain, enraciné dans notre histoire et ouvert sur le futur. Le Maroc dispose aujourd&rsquo;hui des leviers pour s&rsquo;engager résolument dans cette seconde voie — et proposer, bien au-delà de ses frontières, une contribution originale aux grands défis de notre temps.</p>
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		<title>La France va investir 655 millions d&#8217;euros supplémentaires pour le développement de l&#8217;intelligence artificielle</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 13:04:52 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Sébastien Lecornu]]></category>
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					<description><![CDATA[La France va investir 655 millions d&#8217;euros supplémentaires dans le développement de l&#8217;intelligence artificielle, a déclaré sur X(Nouvelle fenêtre) Sébastien Lecornu, mardi 16 juin. Une annonce qui survient à la veille de l&#8217;ouverture à Paris du salon VivaTech, dédié aux nouvelles technologies. Ces investissements iront « soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles », a-t-il &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La France va investir 655 millions d&rsquo;euros supplémentaires dans le développement de l&rsquo;intelligence artificielle, a déclaré sur X<span class="sr-only">(Nouvelle fenêtre)</span> Sébastien Lecornu, mardi 16 juin.</p>
<p>Une annonce qui survient à la veille de l&rsquo;ouverture à Paris du salon VivaTech, dédié aux nouvelles technologies. Ces investissements iront « soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles », a-t-il détaillé.</p>
<p>Le Premier ministre dit souhaiter « que cette révolution profite aux Français », « protège notre souveraineté » et « renforce nos services publics ».</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Quand l’algorithme devient mufti</title>
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		<dc:creator><![CDATA[infoatlas]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 17:59:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Ce que l’imprimerie a mis deux siècles à accomplir dans le monde musulman, l’intelligence artificielle le réalise en quelques années. Avec une différence de taille : personne n’a décidé que ce serait ainsi.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les grands modèles de langage (LLM) — GPT, Gemini, Claude, Llama — sont entraînés sur des corpus où l’anglais représente 45 % des données, contre 0,67 % pour l’arabe. Les textes coraniques, la jurisprudence islamique, la tradition soufie se retrouvent sous-représentés, mal contextualisés, parfois déformés. Les corpus d’entraînement incluent des plateformes comme Reddit, où les discussions sur l’islam peuvent véhiculer des biais que nul Conseil des Oulémas n’a validés. Ce déséquilibre n’est pas un bug technique : c’est une décision politique de fait.</p>
<p>Des applications comme MuslimGPT ou Hafiz AI délivrent désormais des avis juridiques personnalisés, sans formation théologique, sans chaîne de transmission identifiable, sans responsabilité doctrinale. Ce sont, pour reprendre la formule du chercheur François Mabille (IRIS, 2025), des « technologies de pouvoir religieux » : elles normalisent des lectures, fabriquent du consensus, redistribuent l’ijtihad sans isnad. Un utilisateur égyptien qui interroge ChatGPT sur le divorce peut recevoir une réponse constituée à partir de discussions Reddit, sans mention du fiqh hanafite local. C’est un fait quotidien. Il est massif.</p>
<p>Face à ce vide, deux modèles étatiques s’affrontent. La Turquie encode la doctrine hanafite dans les dispositifs de la Diyanet pour légitimer l’État. Les pays du Golfe — Arabie saoudite, Abou Dhabi, Qatar — misent sur la domination infrastructurelle : le fonds saoudien HUMAIN, doté de 100 milliards de dollars, vise le contrôle des données, des serveurs et des récits. La Charte de Riyad, approuvée en 2024 par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) et l’ICESCO (Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture), pose des principes — justice, dignité, équilibre — sans traduction opérationnelle. Entre la déclaration et l’architecture, il y a un vide. Et le vide, en matière algorithmique, est toujours occupé par quelqu’un.</p>
<p>C’est ici que réside la distinction décisive : entre la vitrine et le système. La vitrine, c’est la présence en ligne — un site institutionnel, une chaîne YouTube, des comptes sur les réseaux sociaux. Le système, c’est une architecture complète de gouvernance du sens : production de contenus avec chaîne de validation doctrinale, diffusion contrôlée, veille algorithmique, correction en boucle fermée. La différence n’est pas technique. Elle est souveraine. L’enjeu, pour toute institution religieuse, est d’ordre définitionnel : qui contrôle les catégories de l’islam dans l’espace algorithmique ?</p>
<p>Le Maroc possède pour ce chantier des atouts singuliers. Son rite malékite, sa doctrine acha’arite, son soufisme al-Jounaydï constituent une tradition non hégémonique — un juste milieu qui n’appartient ni à la Diyanet ni aux fonds du Golfe. Le Ministère des Habous et des Affaires islamiques structure 23 000 mosquées et formé plus de 50 000 cadres religieux. La Fondation Mohammed VI des oulémas africains (FM6OA) est présente dans 48 pays. L’Institut Mohammed VI de formation des imams accueille des étudiants de plus de cinquante nationalités, dont une cinquantaine de Malaisiens en formation directe. Cette infrastructure de rayonnement existe. Mais elle est encore essentiellement analogique dans sa logique de diffusion.</p>
<p>Construire une mosquée numérique souveraine suppose cinq chantiers simultanés : un corpus validé et traçable intégrant le Coran, le Hadith et les traditions juridiques locales avec un isnad numérique ; des outils d’intelligence artificielle en appui à l’imam qualifié, jamais en substitut ; une validation doctrinale structurée par les Conseils des Oulémas ; un système de veille algorithmique et de contre-biais vers l’OCI et l’ICESCO ; un tableau de bord de gouvernance orienté vers les jeunes, la diaspora et le public africain. Ces cinq briques ne sont pas théoriques : elles correspondent à des compétences institutionnelles que le Maroc détient déjà.</p>
<p>GITEX Africa 2026, qui réunit à Marrakech 1 500 exposants, 412 investisseurs et 55 000 participants, illustre l’ambition technologique du pays. Mais la question posée par la révolution algorithmique dépasse le secteur numérique : former les cadres religieux à la lecture critique des algorithmes n’est pas une option pédagogique secondaire. C’est une condition de survie institutionnelle. La mosquée ne sera pas souveraine parce qu’elle aura des serveurs. Elle le sera parce qu’elle aura décidé du sens — et construit les systèmes pour le défendre.</p>
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		<title>Le Maroc et l&#8217;intelligence artificielle</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2026 07:11:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le Royaume investit douze milliards de dirhams dans une infrastructure d'IA souveraine.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;annonce, en avril 2026, du projet Nexus AI Factory à Nouaceur — un investissement de 12 milliards de dirhams porté par Nexus Core Systems en partenariat avec le ministère de la Transition numérique — marque un tournant historique. Le Royaume cesse d&rsquo;être un simple consommateur de technologies importées pour revendiquer le statut d&rsquo;acteur régional de la puissance numérique. Cet investissement, sans précédent dans l&rsquo;histoire des infrastructures critiques marocaines, n&rsquo;a pas seulement une dimension économique. Il porte une doctrine : la puissance de calcul est désormais une question de souveraineté nationale, au même titre que l&rsquo;énergie ou la défense.</p>
<p>Cette ambition mérite d&rsquo;être saluée. Elle mérite aussi d&rsquo;être interrogée. Car entre l&rsquo;intention souveraine et la maîtrise réelle, il existe un écart que ni les gigawatts ni les téraflops ne comblent automatiquement.</p>
<h3><strong>Deux souverainetés à ne pas confondre</strong></h3>
<p>La souveraineté infrastructurelle s&rsquo;achète. On installe des serveurs, on connecte des câbles sous-marins, on attire des centres de données. La « souveraineté du sens », elle, exige autre chose : décider quels problèmes l&rsquo;intelligence artificielle résout, selon quelles valeurs, au bénéfice de qui, avec quelles données, régulées par quel droit.<br />
Or aujourd&rsquo;hui, si les serveurs sont potentiellement marocains, les modèles fondateurs et les architectures algorithmiques restent produits ailleurs — en Californie, à Pékin ou en Europe. Le risque est concret : à une dépendance énergétique du XXe siècle pourrait succéder une dépendance algorithmique du XXIe — plus invisible, plus profonde, plus difficile à renverser.<br />
Lors du GITEX Africa 2026 à Marrakech, Omar Seghrouchni, président de la Commission nationale de protection des données personnelles (CNDP), a posé le débat dans des termes qui font désormais référence :</p>
<p style="text-align: center;"><strong>« Protéger les données, c&rsquo;est limiter l&rsquo;exportation de la dignité. »</strong></p>
<p>La formulation déplace l&rsquo;enjeu : la donnée n&rsquo;est pas seulement un actif économique, elle est le support matériel d&rsquo;une dignité collective. C’est dans cet esprit que s’inscrit la création de l&rsquo;Association des praticiens du droit numérique et de la data au Maroc. Une nation ne possède réellement sa puissance que lorsqu&rsquo;elle peut la définir, la codifier et la défendre par le droit.<br />
La menace sociale est intermédiaire, pas marginale.</p>
<p>Le test de cette stratégie ne sera pas technologique. Il sera humain. L&rsquo;IA générative ne reproduit pas le schéma classique de la disruption industrielle, où la machine remplaçait le muscle. Elle remplace désormais le jugement intermédiaire : la rédaction, la synthèse, la gestion administrative, la relation client.</p>
<p>C&rsquo;est précisément là que se concentre une part essentielle de l&#8217;emploi qualifié marocain — centres d&rsquo;appels, offshoring de services, fonctions support. Selon les projections du Haut-Commissariat au Plan (HCP), plusieurs centaines de milliers d&#8217;emplois intermédiaires sont exposés à l&rsquo;horizon 2030. La fracture qui se dessine est structurelle avant d&rsquo;être numérique. La variable critique n&rsquo;est plus seulement la formation des futurs ingénieurs, mais la reconversion de ceux qui sont déjà dans le système pour éviter l&rsquo;obsolescence silencieuse d&rsquo;une partie de la classe moyenne.<br />
Une responsabilité africaine</p>
<p>Le Maroc ne joue pas seulement pour lui. Quand un pays africain développe une infrastructure d&rsquo;IA souveraine, il ouvre une voie. L&rsquo;Afrique n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;un modèle d&rsquo;IA importé du Nord et simplement adapté à la marge. Elle a besoin d&rsquo;architectures pensées depuis le continent — dans ses langues, ses traditions juridiques, ses urgences sanitaires et agricoles. C&rsquo;est l&rsquo;esprit de la Stratégie continentale pour l&rsquo;IA de l&rsquo;Union africaine et de la Smart Africa Alliance, dont le Royaume est un membre fondateur actif.<br />
Par sa géographie et la profondeur de ses institutions, le Maroc occupe une position rare : celle d&rsquo;un pont capable de produire une pensée technologique qui ne soit ni l&rsquo;imitation du Nord, ni le repli identitaire. Cette responsabilité est constitutive de sa diplomatie numérique.</p>
<h3><strong>Trois décisions urgentes</strong></h3>
<p>Réussir ce pari exige trois décisions politiques sans délai :<br />
1. Réguler avant la saturation : Encadrer juridiquement l&rsquo;IA avant que ses usages ne cristallisent des rapports de force irréversibles.<br />
2. Reconvertir massivement : Compléter l&rsquo;effort colossal de l&rsquo;OFPPT (500 000 stagiaires par an) par un plan Marshall spécifique pour les actifs déjà en poste dans les secteurs exposés.<br />
3. Faire de la donnée un bien commun souverain : Poser la question de la propriété collective des données produites sur le territoire national.</p>
<p>La réussite marocaine ne se mesurera pas au nombre de centres de données opérationnels. Elle se mesurera à une seule question : dans dix ans, qui gouvernera les algorithmes qui gouvernent les Marocains ?</p>
<p>Si la réponse est « des ingénieurs marocains, dans un cadre juridique national, en dialogue avec leurs pairs africains », alors le pari aura été tenu. Si la réponse est « des plateformes étrangères, sous des conditions générales d&rsquo;utilisation que personne n&rsquo;a lues », alors la vitrine aura brillé, et la souveraineté sera restée un mot de discours. Le Maroc ne sera pas souverain parce qu&rsquo;il aura des serveurs. Il le sera parce qu&rsquo;il aura décidé du sens.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>IA en Afrique : passer de l’adoption à la maîtrise</title>
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		<pubDate>Sun, 26 Apr 2026 19:15:14 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Afrique n’est pas absente de la révolution de l’intelligence artificielle. Elle y entre avec une ambition réelle, des usages rapides et des besoins immenses. Mais elle y entre aussi avec une fragilité majeure : le continent utilise de plus en plus l’IA, sans encore maîtriser suffisamment les infrastructures, les données, les modèles et les capacités de calcul qui en déterminent la puissance.</p>
<p>Le potentiel est considérable. Selon l’UNESCO, l’IA pourrait générer jusqu’à 1 500 milliards de dollars pour l’économie africaine d’ici 2030, soit environ 6 % du PIB du continent. L’Union africaine a d’ailleurs adopté en juillet 2024, lors de la 45e session ordinaire de son Conseil exécutif tenue à Accra, sa première stratégie continentale de l’intelligence artificielle, avec une approche centrée sur le développement, l’éthique et la souveraineté numérique africaine.</p>
<p>Mais le rapport de force mondial reste déséquilibré. Le Stanford AI Index 2026 indique que l’industrie a produit plus de 90 % des modèles d’IA notables en 2025, tandis que l’adoption organisationnelle de l’IA atteint 88 %. Autrement dit, l’IA n’est plus un laboratoire : elle devient une infrastructure mondiale dominée par quelques grands pôles technologiques.</p>
<p>La comparaison est nette. Les États-Unis dominent l’innovation, les plateformes et le capital. La Chine avance par l’industrie, l’État et les infrastructures. L’Europe privilégie la régulation et la sécurité. Les pays du Golfe investissent massivement dans les data centers et les partenariats technologiques. L’Inde mise sur les compétences, les services numériques et l’échelle démographique.</p>
<p>L’Afrique, elle, doit d’abord transformer l’IA en capacité utile. Son enjeu n’est pas de produire un discours de rattrapage, mais de construire une maîtrise réelle : données locales, langues africaines, formation, cloud, énergie, centres de données, cybersécurité, usages publics, agriculture, santé, éducation, finance, climat. L’Afrique n’est pas simplement « en retard ». Elle est dans une position de dépendance qu’elle doit réduire.</p>
<p>Certains pays avancent déjà selon des logiques différentes. L’Afrique du Sud structure son approche par les infrastructures et la régulation. L’Égypte mise sur la stratégie étatique, la formation et l’écosystème d’entreprises IA. Le Kenya s’appuie sur les services numériques, la fintech et l’innovation. Le Maroc, lui, cherche à se positionner comme plateforme euro-africaine de l’IA, en reliant formation, souveraineté des données, cloud, infrastructures et partenariats internationaux.</p>
<p>Le cas marocain illustre cette bascule. Selon Reuters, le Royaume vise 100 milliards de dirhams de contribution de l’IA au PIB d’ici 2030, 50 000 emplois liés à l’IA, 200 000 diplômés formés aux compétences IA, et 11 milliards de dirhams mobilisés pour les initiatives IA et les infrastructures numériques sur la période 2024-2026.</p>
<p>Cette ambition ne vaut que si elle s’inscrit dans une logique de maîtrise. Utiliser l’IA, ce n’est pas la contrôler. Adopter des outils, ce n’est pas posséder la chaîne. La vraie différence se situe entre les pays qui consomment des solutions produites ailleurs et ceux qui développent progressivement leurs propres capacités : données, talents, infrastructures, normes, usages et finalités.</p>
<p>C’est là que se joue la comparaison stratégique. Pour les États-Unis, l’IA est un levier de puissance technologique. Pour la Chine, un outil d’organisation industrielle et géopolitique. Pour l’Europe, un enjeu de régulation et de confiance. Pour le Golfe, un accélérateur d’investissement et de projection. Pour l’Afrique, elle doit d’abord devenir un instrument de développement concret.</p>
<p>Le continent n’a pas besoin d’une IA de vitrine. Il a besoin d’une IA utile : pour mieux former, mieux soigner, mieux produire, mieux administrer, mieux prévoir les risques climatiques, mieux inclure les citoyens et mieux protéger ses données.</p>
<p>La bataille africaine de l’IA ne se jouera donc pas seulement dans les conférences ou les annonces. Elle se jouera dans les écoles, les universités, les administrations, les hôpitaux, les banques, les champs agricoles, les ports, les centres de données et les langues nationales.</p>
<p>Dans les années à venir, la différence ne se fera pas entre les pays africains qui parlent le plus d’intelligence artificielle et ceux qui en parlent le moins. Elle se fera entre ceux qui sauront transformer l’IA en capacité nationale, régionale et continentale, et ceux qui resteront dépendants de systèmes conçus ailleurs.</p>
<p>À l’ère de l’IA, l’Afrique ne doit pas seulement être connectée. Elle doit être capable de décider.</p>
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