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	<title>Archives des crise migratoire Sebta - Atlasinfo</title>
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	<title>Archives des crise migratoire Sebta - Atlasinfo</title>
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		<title>Sebta, Kénitra et le miroir européen</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Atlasinfo]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2026 10:18:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tribune – Le même jour, dans le même journal, le Maroc apparaît comme une frontière à contenir et comme une plateforme industrielle. Tant que l&#8217;Europe tiendra ces deux images séparées, elle se privera d&#8217;une politique de voisinage à la hauteur de ce que le Royaume est devenu. Le même mardi 20 octobre, dans les colonnes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em><span style="font-size: 18pt;">Tribune</span> – </em></strong><span style="font-size: 14pt;"><em>Le même jour, dans le même journal, le Maroc apparaît comme une frontière à contenir et comme une plateforme industrielle. Tant que l&rsquo;Europe tiendra ces deux images séparées, elle se privera d&rsquo;une politique de voisinage à la hauteur de ce que le Royaume est devenu.</em></span></p>
<p>Le même mardi 20 octobre, dans les colonnes du Figaro, le Maroc apparaît sous deux visages. En page 8, il est une frontière qui déborde. Le journal évoque « plus de 70 000 migrants marocains » entrés à Sebta 5ceuta) à la fin juillet, que des dirigeants européens invoquent pour réclamer plus de fermeté. En page 21, le patron de DHL range le Maroc, « qui développe des usines automobiles », parmi les pays devenus des centres des chaînes d&rsquo;approvisionnement mondiales, avec le Vietnam, l&rsquo;Inde et le Brésil. Treize pages les séparent, et un monde de représentations.</p>
<p>L&rsquo;écart dit beaucoup de la manière dont l&rsquo;Europe regarde son voisin du Sud. Elle le voit en deux parties qui ne se rejoignent jamais : d&rsquo;un côté un risque à contenir, de l&rsquo;autre une ressource à exploiter. Les Marocains, eux, habitent un seul pays. Le jeune de Fnideq tenté par la mer et l&rsquo;ouvrière de la zone industrielle de Tanger qui assemble des véhicules pour l&rsquo;Europe vivent à quelques dizaines de kilomètres l&rsquo;un de l&rsquo;autre.</p>
<h2><strong>Un été à regarder en face</strong></h2>
<p>Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière en quelques heures. Le ministère espagnol de l&rsquo;Intérieur a fini par compter 72 000 entrées. Les bilans officiels font état d&rsquo;au moins 80 morts côté espagnol et de 14 côté marocain. Des ONG marocaines de défense des droits humains en comptent 141. Des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux avaient présenté comme une ouverture de la frontière une décision de la Cour suprême espagnole qui ne disait rien de tel.</p>
<p>Le débat sur les responsabilités reste ouvert. Un rapport du centre espagnol de l&rsquo;immigration et des frontières a décrit une « permissivité totale » des forces marocaines pendant les heures décisives, sans que le ministère espagnol de l&rsquo;Intérieur accepte d&rsquo;y lire une mise en cause du Maroc. Pedro Sánchez a déclaré devant le Parlement n&rsquo;avoir aucune preuve d&rsquo;une orchestration par l&rsquo;État marocain. Rabat a affirmé qu&rsquo;aucun fait ne l&rsquo;impliquait et refusé de servir de bouc émissaire dans la bataille politique espagnole. Une relation qui n&rsquo;ose pas regarder ces heures en face ne pourra pas empêcher qu&rsquo;elles se reproduisent.</p>
<p>La visite du roi Felipe VI à Sebta et à Melilia, les 13 et 14 octobre, l&rsquo;a rappelé : ces deux villes restent le point le plus sensible de la relation. Pour le Maroc, elles sont marocaines, et Rabat ne l&rsquo;a jamais caché. Cette revendication ne justifie aucun désordre. Elle interdit en revanche de réduire Sebta et Melilia à une simple ligne de l&rsquo;espace Schengen.</p>
<h2><strong>Bruxelles fait de la crise un argument</strong></h2>
<p>Au Conseil européen de vendredi, le Danemark, l&rsquo;Italie et la Pologne ont mis en cause la régularisation espagnole.</p>
<p>Selon Le Figaro, la Commission s&rsquo;est engagée à proposer d&rsquo;ici la fin de l&rsquo;année un texte permettant de déroger à l&rsquo;examen des demandes d&rsquo;asile en cas d&rsquo;afflux massif. Après les violences urbaines des 17 et 18 octobre en France, des dirigeants européens, du Hongrois Péter Magyar au Polonais Donald Tusk, les ont reliées au contrôle des frontières. Le Maroc se retrouve ainsi convoqué dans une querelle européenne dont il n&rsquo;est ni partie ni arbitre.</p>
<h2><strong>Le Rio Grande et la mer Égée</strong></h2>
<p>D&rsquo;autres voisinages ont connu cette schizophrénie. Pendant des années, Washington a parlé du Mexique presque uniquement à travers le Rio Grande. Puis la recomposition des chaînes de valeur, adossée à un traité de libre-échange, a fait du Mexique, en 2023, le premier partenaire commercial des États-Unis pour les marchandises. La frontière n&rsquo;a pas quitté le débat américain. Mais l&rsquo;usine de Monterrey a fini par compter autant que le passage d&rsquo;El Paso.</p>
<p>L&rsquo;analogie a ses limites, et elles sont instructives. Le Mexique est lié aux États-Unis par un traité de libre-échange, l&rsquo;ACEUM. Le Maroc dispose d&rsquo;un accord d&rsquo;association avec l&rsquo;Union depuis 2000, mais la négociation d&rsquo;un accord de libre-échange approfondi, ouverte en 2013, n&rsquo;a pas abouti à ce jour. L&rsquo;instrument existe à moitié. C&rsquo;est précisément cette moitié manquante qui empêche l&rsquo;usine de peser autant que la frontière dans le regard européen.</p>
<p>L&rsquo;Union a choisi un autre chemin avec la Turquie en 2016 : jusqu&rsquo;à six milliards d&rsquo;euros pour l&rsquo;accueil des réfugiés, contre la retenue des départs. Dix ans plus tard, cette déclaration sert d&rsquo;abord de levier, que chacun brandit contre l&rsquo;autre. Une relation réduite à la frontière finit par être gouvernée par la frontière.</p>
<h2><strong>Kénitra, vue de Pékin et de New Delhi</strong></h2>
<p>Pendant que l&rsquo;Europe débat de ses clôtures, d&rsquo;autres lisent la carte autrement. Cette semaine même, Gotion High-Tech, groupe chinois dont Volkswagen est actionnaire, commence à mettre en service les équipements de sa gigafactory de batteries à Kénitra, la première du continent.</p>
<p>À Berrechid, l&rsquo;indien Tata Advanced Systems produit depuis 2025 des véhicules blindés dans sa première usine de défense hors d&rsquo;Inde. DHL, de son côté, y place des commerciaux qui parlent chinois. Ces investisseurs voient un pays stable, relié à l&rsquo;Europe par Tanger Med, à l&rsquo;Afrique par ses banques et ses routes, et ouvert sur l&rsquo;Atlantique.</p>
<p>Les capitaux asiatiques s&rsquo;installent au Maroc pour produire aux portes de l&rsquo;Europe, tandis qu&rsquo;une partie des dirigeants européens ne parlent du Royaume qu&rsquo;à travers des chiffres d&rsquo;entrées irrégulières. Si l&rsquo;Europe continue de penser son voisin comme un mur, d&rsquo;autres en feront leur porte.</p>
<p>Le Maroc, du reste, n&rsquo;attend pas d&rsquo;être regardé pour tracer sa propre carte. Avec l&rsquo;Initiative atlantique annoncée par le roi Mohammed VI en novembre 2023, il propose aux pays du Sahel privés de littoral un accès à l&rsquo;océan par ses ports, dont celui de Dakhla Atlantique en construction. Le Royaume se pense comme un carrefour entre l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Atlantique. L&rsquo;Europe le lit encore comme une marge.</p>
<h2><strong>Trois chantiers pour réunir les deux pages</strong></h2>
<p>Il ne s&rsquo;agit pas de nier la question migratoire. La jeunesse marocaine sans emploi existe, et la mer reste une tentation pour certains. Il s&rsquo;agit de relier enfin les deux pages du journal, en s&rsquo;appuyant sur ce qui existe déjà.</p>
<p><strong>Le premier chantier relierait les passerelles légales aux bassins industriels. </strong>Le partenariat pour les talents lancé entre l&rsquo;Union et le Maroc en avril 2023 existe déjà. Il reste à le connecter aux zones de Tanger, Kénitra et Casablanca, et aux filières européennes qui manquent de techniciens, dans l&rsquo;automobile, les batteries et l&rsquo;aéronautique. Le jeune de Fnideq aurait alors une autre perspective que la digue.</p>
<p><strong>Le deuxième créerait une veille commune contre la désinformation migratoire. </strong>L&rsquo;été l&rsquo;a montré : une rumeur peut déplacer des dizaines de milliers de personnes en une nuit. La coopération policière entre Rabat et Madrid, déjà ancienne, peut se doter d&rsquo;une cellule capable de démentir en temps réel, en arabe, en darija, en français et en espagnol.</p>
<p><strong>Le troisième ferait du Mondial 2030 un laboratoire de gouvernance commune. </strong>Le Maroc, l&rsquo;Espagne et le Portugal devront faire circuler des millions de visiteurs entre deux continents. Des partis espagnols et portugais contestent déjà ce partenariat. C&rsquo;est pourtant ce chantier qui peut démontrer qu&rsquo;une frontière se gouverne à deux.</p>
<h2><strong>Une seule page</strong></h2>
<p>En 2021, une première crise à Sebta avait mené les deux capitales au bord de la rupture, avant une refondation en 2022 qui a eu son prix politique. L&rsquo;été 2026 pose la même question, cette fois à l&rsquo;échelle de l&rsquo;Union. L&rsquo;Europe peut continuer de lire le Maroc en deux pages séparées. Elle peut aussi retenir ce que Pékin, New Delhi et Mexico ont compris chacun à leur manière : un voisin n&rsquo;est ni un mur ni un gisement. C&rsquo;est un partenaire, à condition d&rsquo;écrire sur la même page.</p>
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