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	<title>Archives des Ahmed Ben Bella - Atlasinfo</title>
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		<title>Hamid Barrada, la mémoire d’un journaliste qui savait prendre le temps d’interroger</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Sep 2026 11:02:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pendant plus d’un demi-siècle, il aura rencontré quelques-uns de ceux qui ont façonné le Maroc, le Maghreb et l’Afrique. Il les interrogeait lorsque l’histoire était encore ouverte, lorsque les décisions n’avaient pas produit toutes leurs conséquences et que personne ne connaissait encore la fin du récit. C’est ce qui donne aujourd’hui à son travail une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pendant plus d’un demi-siècle, il aura rencontré quelques-uns de ceux qui ont façonné le Maroc, le Maghreb et l’Afrique. Il les interrogeait lorsque l’histoire était encore ouverte, lorsque les décisions n’avaient pas produit toutes leurs conséquences et que personne ne connaissait encore la fin du récit. C’est ce qui donne aujourd’hui à son travail une valeur particulière.</p>
<p>Sa propre existence semblait pourtant l’avoir destiné à être acteur plutôt que témoin. Né à Tanger en 1939, engagé très jeune dans le mouvement étudiant, président de l’Union nationale des étudiants du Maroc en 1962, condamné à mort par contumace l’année suivante, il connut la clandestinité puis l’exil en Algérie et en France, avant de rentrer au Maroc en 1978. Puis s’opéra un déplacement essentiel. L’homme engagé ne renia pas son histoire, mais apprit à la mettre à distance. À Jeune Afrique, dont il fut rédacteur en chef, puis à la télévision marocaine et au fil de ses nombreux entretiens, il choisit progressivement une autre manière d’agir: comprendre avant de juger, écouter avant de conclure, confronter ses convictions à la complexité du réel.</p>
<p>Une scène suffit à mesurer le chemin parcouru. En 1963, Hamid Barrada est condamné à mort par contumace. En 1985, il se retrouve face à feu Hassan II pour un entretien consacré notamment au Sahara. Vingt-deux années séparent ces deux moments. On pourrait y voir une revanche de l’histoire ou le symbole d’une réconciliation. Ce serait trop simple. Ce que cette rencontre raconte est plus intéressant: un homme qui avait lui-même éprouvé les affrontements politiques revenait non comme un adversaire, mais comme un journaliste. Entre ces deux dates, son rapport à l’histoire avait changé : celui qui avait voulu agir sur elle avait aussi choisi de l’interroger.</p>
<h3><strong>Conserver les contradictions</strong></h3>
<p>Barrada interrogera Hassan II, Abderrahim Bouabid, Abderrahmane Youssoufi, Abdallah Laroui, Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Léopold Sédar Senghor, Assia Djebar et bien d’autres. Réunies notamment dans son Anthologie d’entretiens, ces conversations sont aujourd’hui davantage qu’une galerie de personnalités. Elles restituent plusieurs décennies d’histoire marocaine, maghrébine et africaine à travers ceux qui les ont vécues, pensées, gouvernées ou combattues.</p>
<p>Leur valeur tient précisément à ce qu’elles ne réconcilient pas artificiellement les points de vue. Barrada avait compris qu’une société devait conserver non seulement ses certitudes, mais aussi ses contradictions. Ceux qu’il interrogeait parlaient du Sahara, des relations entre le Maroc et l’Algérie, de l’Afrique, de la démocratie, de l’islam politique ou des rapports avec la France avant que les décennies suivantes ne donnent raison à certains, tort à d’autres, et ne démentent parfois tout le monde.</p>
<p>C’était aussi une certaine idée du journalisme. Barrada possédait suffisamment de culture pour savoir ce qui précédait une réponse, suffisamment de fermeté pour relancer, mais suffisamment de respect pour laisser son interlocuteur aller au bout de sa pensée. Ceux qui l’ont suivi dans “Mais Encore?” sur la chaîne 2M se souviennent de cette présence. Il n’avait pas besoin d’occuper toute la scène pour conduire l’entretien. À l’heure où la vitesse, l’affrontement et la recherche de visibilité peuvent transformer le journaliste en protagoniste de sa propre interview, cette retenue mérite d’être rappelée.</p>
<p>L’époque actuelle produit infiniment plus de traces que la sienne et n’est pourtant pas assurée de mieux s&rsquo;en  souvenir. Une déclaration chasse l’autre, une polémique recouvre la précédente, l’algorithme privilégie ce qui vient d’arriver. Le travail de Barrada rappelle une distinction simple : accumuler de l’information n’est pas construire une mémoire. Son parcours pose aussi une question au Maroc : que faisons-nous de notre patrimoine journalistique ? Ses entretiens, comme ceux de toute une génération, méritent d’être préservés, numérisés et transmis.</p>
<h3><strong>L’intellectuel derrière le journaliste</strong></h3>
<p>Mais une œuvre et une carrière ne disent jamais entièrement un homme. Ceux qui ont rencontré Hamid Barrada savent qu’il y avait derrière le journaliste un intellectuel curieux de ce que les autres entreprenaient, disponible pour l’échange, prêt à soutenir une idée, un projet ou une personne lorsqu’il estimait qu’ils le méritaient. Il pouvait donner de son temps, partager son expérience, conseiller et aider sans éprouver le besoin de se placer au centre.</p>
<p>J’ai eu le privilège de rencontrer Hamid Barrada. Je dirigeais alors La Médina et travaillais déjà sur les transformations ouvertes par le numérique au Maroc. Ce que je retiens de cette rencontre n’est pas la circonstance, mais l’homme qu’elle m’a permis d’apercevoir: un intellectuel disponible, attentif aux idées des autres, disposé à soutenir une initiative lorsqu’il la jugeait utile, à partager son expérience et à aider sans chercher à occuper la première place. Son écoute n’était pas seulement une technique d’intervieweur. Elle était une manière d’être.</p>
<p>C’est cet homme qu’il faut saluer aujourd’hui : le journaliste, l’intellectuel, mais aussi le passeur. Hamid Barrada a passé une grande partie de sa vie à interroger les autres pour comprendre son époque. Il savait également écouter, encourager et transmettre. La mémoire d’un pays ne réside pas seulement dans ses monuments ou ses archives officielles. Elle se construit aussi avec les questions que certains ont eu l’intelligence de poser lorsque les réponses n’étaient pas encore écrites.</p>
<p>Celles de Hamid Barrada sont toujours là. À nous, désormais, de ne pas perdre les réponses.</p>
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